PDG de Stripe et bureaucratie européenne : 30 000 euros et 90 pages

La même semaine où la Commission européenne a lancé ses nouveaux pouvoirs pour faire appliquer la loi sur l'IA, Patrick Collison, co-fondateur et PDG de Stripe, a mis sur la table un autre des grands problèmes technologiques du continent : les difficultés de création et de croissance d'entreprises en Europe.

Le 29 août, Collison a raconté une conversation avec un fondateur allemand sur La réponse était claire : non, ils sont sous-estimés. Selon Collison, l'homme d'affaires a passé une journée entière devant un notaire pendant la lecture d'un contrat d'investissement de 90 pages. La facture se serait élevée à 30 000 euros. Sa société suivante n'était plus constituée en Allemagne.

L'anecdote a une base légale. L'article 13 du Beurkundungsgesetz allemand établit que le contenu de certains actes notariés doit être lu devant les parties, approuvé et signé. Cela ne veut pas dire que tout investissement dans une startup a ce coût ou que tous les contrats doivent passer par la même procédure, mais cela illustre le poids que peuvent avoir certaines formalités.

Paul Graham, co-fondateur de Y Combinator, a comparé cette expérience avec les SAFE, des contrats standardisés qui permettent d'investir dans une startup en échange du droit de recevoir des actions dans le futur et qui simplifient certaines opérations de financement aux États-Unis. Jitse Groen, fondateur de Takeaway et Lieferando, a ajouté que dans son cas, la lecture du contrat a duré du jour au lendemain et que, comme il le rappelle, la procédure a coûté au moins 200 000 euros.

Il s’agit de témoignages et non de statistiques officielles, mais ils reflètent la perception récurrente parmi les fondateurs et les investisseurs que l’Europe reste un endroit complexe pour créer des entreprises technologiques à croissance rapide.

Coïncidence avec la loi sur l'IA

Le débat intervient au moment où Bruxelles entre dans une nouvelle phase réglementaire. À partir du 2 août 2026, la Commission européenne pourra imposer certaines obligations de la loi sur l’IA aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général. Fin août, le Bureau de l’AI a commencé à utiliser ces pouvoirs par le biais de demandes formelles d’informations.

La coïncidence est significative, car l’Europe tente de renforcer sa souveraineté technologique tout en ayant encore des difficultés à créer ses propres géants. L’AI Act n’explique pas cet écart, qui vient de bien plus tôt, mais il ajoute de nouvelles obligations sur un écosystème déjà désavantagé par rapport aux États-Unis et à la Chine.

La question n’est donc pas seulement de savoir si l’Europe doit réglementer l’intelligence artificielle. La question est de savoir si vous pouvez y parvenir sans augmenter davantage les coûts de création, de financement et de développement de vos propres entreprises.

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