
La bourse non dépositaire Bull Bitcoin a déposé une requête auprès d'un tribunal français pour faire annuler le décret mettant en œuvre la directive européenne DAC8, estimant que les nouvelles règles de déclaration fiscale pourraient exposer des millions de détenteurs de cryptomonnaies à une surveillance excessive et à des risques physiques. La société maintient que la mesure, telle qu’elle est rédigée, affecterait un univers estimé à 135 millions d’utilisateurs de cryptoactifs en Europe.
Le DAC8 est la huitième version de la directive de coopération administrative de l'Union européenne, un cadre conçu pour permettre aux autorités fiscales d'échanger des informations sur les opérations avec des crypto-actifs. Il s'appuie sur le Crypto Asset Reporting Framework (CARF) développé par l'OCDE, qui oblige les prestataires de services à collecter et transmettre des données détaillées sur leurs clients et leurs mouvements.
L’argument de l’échange
Bull Bitcoin, plateforme qui ne conserve pas les fonds de ses utilisateurs, concentre sa revendication sur le fait que le volume et la sensibilité des données requises par le décret français génèrent un problème de sécurité. Selon le communiqué publié par l'entreprise, l'accumulation d'informations sur les soldes et les transactions crée des bases de données attractives pour les attaquants et les fuites, avec des conséquences qui vont au-delà des questions fiscales.
La peur n'est pas abstraite. Le secteur a des antécédents de vol de données qui ont conduit à des extorsions et à des attaques dirigées contre des personnes identifiées comme détentrices de fonds. Coinbase, par exemple, a reconnu cette année un incident au cours duquel des employés soudoyés ont divulgué des informations sur des clients, une situation que l'entreprise a publiquement évoquée en expliquant sa réponse aux extorsionnistes. Des cas comme celui-ci alimentent l’argument selon lequel la concentration de données financières et personnelles augmente le risque d’enlèvements et d’attaques physiques.
Un conflit entre transparence fiscale et confidentialité
La proposition de Bull Bitcoin rouvre une tension qui traverse toute la réglementation européenne sur la cryptographie : comment équilibrer la lutte contre l'évasion et le blanchiment d'argent avec la protection de la vie privée des utilisateurs qui, pour la plupart, opèrent légalement. Les régulateurs soutiennent que la traçabilité réduit les espaces propices aux activités illicites ; Les critiques préviennent qu’un régime d’information trop large finit par surveiller des millions de personnes sans soupçon.
Le chiffre géré par la bourse – 135 millions de détenteurs potentiels – mesure la portée de la règle. Il ne s'agit pas d'une poignée de grands opérateurs, mais plutôt d'une masse d'utilisateurs particuliers dont les données resteraient dans le circuit d'échange automatique d'informations entre les administrations fiscales du bloc.
L’issue du litige en France pourrait créer un précédent dans la manière dont d’autres États membres transposent DAC8 dans leur législation nationale. Une décision en faveur de l’entreprise obligerait à revoir la manière dont ces données sont collectées et stockées ; une solution défavorable consoliderait l'orientation actuelle de l'UE vers une surveillance plus étroite du secteur.
Pour l’instant, le différend laisse sur la table une question qui accompagnera le marché européen dans les années à venir : jusqu’où peut aller l’exigence de transparence fiscale sans compromettre la sécurité de ceux qui utilisent ces actifs au quotidien.
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