Le leadership mondial en matière d’intelligence artificielle se dessine autour des États-Unis et de la Chine, selon le Government AI Readiness Index que l’Université d’Oxford publie depuis 2017. Dans cette étude, les États-Unis conservent la première place du classement, portés par la force de leur écosystème privé, de leurs instituts de recherche et de leur infrastructure informatique. Cependant, l'Indice prévient que la position de la Chine pourrait sous-estimer ses capacités réelles, compte tenu de l'ampleur de son déploiement technologique et de son modèle de développement étatique.
Au fil des années, l’indice susmentionné s’est imposé comme un outil clé pour évaluer le degré de maturité institutionnelle face à une technologie qui avance à grande vitesse. L’édition 2025 élargit l’analyse à 195 gouvernements, dans un contexte marqué par une innovation technologique rapide, une gouvernance fragmentée et l’expansion des chaînes de valeur de l’IA à l’échelle mondiale.
De la stratégie à la mise en œuvre concrète
L’un des principaux changements détectés en 2025 est le passage de la planification stratégique à la mise en œuvre pratique. De plus en plus de gouvernements ont mis en œuvre des stratégies et des politiques en matière d’IA, explorant leur application tant dans l’administration publique que dans l’économie et la société dans leur ensemble.
Les pays inclus dans l’Index détaillent plus clairement dans les documents publics comment ils utilisent, ou envisagent d’utiliser, l’intelligence artificielle pour améliorer la portée, l’efficience et l’efficacité des services gouvernementaux.
Le rapport note également une augmentation des débats autour de la souveraineté nationale et régionale en matière d’intelligence artificielle. Bien que les collaborations internationales en matière de gouvernance et de recherche et développement se poursuivent, en 2025, l’accent mis sur la définition de ses propres stratégies d’IA s’est intensifié.
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Ces approches de la souveraineté présentent des similitudes dans leur approche et leurs objectifs, mais sont clairement influencées par des facteurs géopolitiques et par la concurrence mondiale dans ce qu’on appelle la « course à l’IA ». Dans ce contexte, le décret présidentiel américain de juillet 2025 a explicitement souligné l’importance de promouvoir l’exportation de la « pile technologique d’IA » américaine en tant que mécanisme garantissant le maintien de sa domination technologique.
En occupant une fois de plus la première place de l'indice, les États-Unis continuent de façonner le discours mondial sur l'intelligence artificielle, en s'appuyant sur une combinaison de matériel, de logiciels, de diplomatie technologique et de talents spécialisés.
Efforts transfrontaliers
Au-delà des rivalités géopolitiques, le rapport souligne que l’intelligence artificielle se consolide comme un pilier central des débats et stratégies régionales. Des outils de coopération transfrontalière sont configurés dans différentes parties du monde, allant des politiques partagées aux initiatives conjointes de R&D et à la définition de normes régionales et d'approches pratiques de gouvernance.
Sur le plan réglementaire, l’Indice note que même si les collaborations régionales et mondiales progressent, la réglementation pratique de l’IA à l’échelle mondiale reste lente et inégale. Certains éléments de la loi européenne sur l’IA sont entrés en vigueur en 2025, mais à la fin de l’année, des débats et des oppositions persistaient quant à sa portée, son applicabilité et son impact sur le développement national et régional de l’IA.
En tant que référence mondiale en matière de gouvernance technologique, 2026 apparaît comme une année clé pour que l’UE puisse consolider une orientation commune entre ses États membres et envoyer un signal clair aux partenaires et observateurs internationaux.
En parallèle, d’autres initiatives mondiales continuent de prendre forme. Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies de 2025, l’ONU a lancé deux nouveaux organes de gouvernance de l’IA : le Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA et le Groupe scientifique international indépendant sur l’IA.
Europe occidentale
En Europe occidentale, le Royaume-Uni est le pays le mieux classé de la région, se classant au deuxième rang mondial avec un score de 77,73. Son leadership est attribué à des politiques fortes impulsées par Westminster, comme le lancement du Plan d’action pour les opportunités d’IA début 2025.
Le pays a également renforcé ses alliances internationales, notamment un accord technologique clé avec les États-Unis. Le Pacte de prospérité technologique vise à accélérer l'innovation grâce à une recherche conjointe, des politiques alignées et la promotion des exportations d'IA, couvrant les puces, les centres de données et les modèles avancés.
La France se classe deuxième en Europe occidentale et troisième au monde, avec un score de 77,31. Outre son rôle central dans l’écosystème européen de l’IA, le pays a renforcé son approche nationale : en juin 2025, le Conseil national du numérique a été transformé en Conseil national de l’IA et du numérique.
L'Espagne continue de progresser régulièrement. Après s'être classé 12e en 2024, contre 31e auparavant, il a lancé son régulateur national de sécurité de l'IA en 2025. Le pays participe également activement à des collaborations internationales, telles que l'Entreprise commune européenne pour le calcul haute performance (EuroHPC JU).
Dans son ensemble, et malgré les différences culturelles, économiques et technologiques, l’Europe occidentale renforce activement son niveau de préparation à l’intelligence artificielle.
Amérique latine et Caraïbes
L’Amérique latine et les Caraïbes ont également enregistré des progrès significatifs lors de l’édition 2025, notamment dans des domaines tels que les infrastructures et la résilience de l’IA. Deux pays de la région figurent parmi les 50 premiers au monde.
Le Brésil est en tête de la région avec un score de 67,84 et se classe au 22e rang mondial, grâce aux progrès des politiques et de la législation en matière d'IA, ainsi qu'à la création d'environnements de test sûrs. Le Chili maintient une solide performance avec la 50ème place et un score de 57,74, tandis que l'Uruguay occupe la 52ème place avec 56,77 points. Le Pérou, pour sa part, a progressé à la 59e place avec un score de 55,90.