L'OCDE met en garde contre les risques d'escroqueries et de fraudes à l'ère de l'IA

L’OCDE prévient que les escroqueries et fraudes financières sont devenues l’un des principaux risques pour les consommateurs et que leur fréquence et leur complexité augmentent parallèlement à la numérisation des services financiers.

Dans son rapport Protéger les consommateurs contre les escroqueries et les fraudes financières, publié en juin 2026, l'organisation analyse les causes du phénomène et propose un agenda complet basé sur la prévention, la détection, la réparation et la coopération. L'étude, préparée à partir d'informations provenant de 69 juridictions et du point de vue de 102 autorités publiques, repose sur une conclusion centrale : il n'existe pas de mesure unique capable de protéger efficacement tous les consommateurs contre les escroqueries et la fraude financières.

L’OCDE met en garde contre les escroqueries à l’ère de l’IA

La réponse, selon l'OCDE, doit combiner la réglementation, les capacités des prestataires financiers, l'éducation, les systèmes de reporting et de recouvrement, l'analyse des données et la coopération entre les différents acteurs qui font partie de l'écosystème antifraude.

L'organisation propose six grandes lignes d'action : établir et appliquer des cadres solides de protection financière des consommateurs ; développer des mécanismes de responsabilisation et de recours justes et accessibles ; permettre à des canaux spécifiques de signaler les escroqueries et les fraudes ; utiliser une typologie commune pour collecter et classer les données ; accroître les niveaux de littératie financière numérique ; et renforcer la collaboration entre tous les acteurs de l’écosystème antifraude.

Le problème se pose dans un contexte dans lequel la numérisation des services financiers a extraordinairement élargi l’accès des citoyens aux moyens de paiement, à l’épargne, au crédit et à l’investissement. Cependant, cette transformation a également créé de nouvelles opportunités pour les fraudeurs.

Intelligence artificielle et deepfakes

L’expansion des services bancaires mobiles, des paiements numériques, des réseaux sociaux et des plateformes financières a modifié l’environnement dans lequel se produisent les escroqueries. Les criminels peuvent tirer parti des canaux numériques pour atteindre rapidement un grand nombre de victimes potentielles et adapter leurs stratégies.

L’intelligence artificielle et les deepfakes ajoutent une nouvelle dimension au problème, car ils permettent de générer des contenus et des communications de plus en plus convaincants et rendent difficile pour une personne de faire la distinction entre une interaction légitime et une interaction frauduleuse. Le problème ne dépend toutefois pas uniquement de la sophistication technologique des criminels.

L’OCDE souligne également l’importance de la culture financière et numérique. Lorsque les consommateurs ne sont pas conscients de certains risques, ne comprennent pas les signaux d’alarme ou n’utilisent pas correctement les outils de sécurité, leur exposition à une fraude potentielle augmente. À cela s’ajoute que les réseaux sociaux et autres plateformes numériques peuvent faciliter la diffusion de contenus financiers qui n’ont pas forcément été vérifiés.

Rôle des institutions financières

Le rapport note que les systèmes utilisés pour détecter les opérations frauduleuses ou non autorisées ne sont pas toujours suffisamment robustes. Les institutions financières ont donc un rôle déterminant à jouer pour prévenir la fraude et réduire les dommages qu'elle peut causer aux consommateurs.

Les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, peuvent améliorer la détection des schémas suspects, même si leur mise en œuvre peut s’avérer coûteuse, en particulier pour les petites institutions.

Cette situation pose un défi d’équilibre. L'innovation technologique devrait être utilisée pour améliorer la sécurité sans créer d'obstacles excessifs pour les consommateurs ni leur transférer l'entière responsabilité de la prévention de la fraude. Une protection efficace nécessite des processus d’authentification, de surveillance et d’alerte adéquats, ainsi que des mécanismes permettant d’agir rapidement lorsqu’une opération montre des signes de fraude.

Six recommandations

L’une des contributions les plus pertinentes du rapport est la proposition d’utiliser une typologie commune pour classer les escroqueries et les fraudes financières. Disposer d'informations comparables sur le type de fraude, le canal utilisé, le produit financier concerné, le mode de paiement, la détection et le recouvrement des fonds permet aux autorités d'identifier les modèles, les domaines à risque plus élevé et les tendances émergentes.

Cette perspective est particulièrement importante pour passer d’une politique réactive à une politique préventive. Si les autorités savent où, comment et contre qui la fraude se produit, elles peuvent mieux allouer leurs ressources, concevoir des campagnes spécifiques et anticiper de nouvelles modalités criminelles. La qualité des données devient ainsi une composante essentielle des politiques de protection financière.

L'OCDE propose six recommandations principales pour renforcer la protection des consommateurs. Premièrement, établir et appliquer des cadres solides de protection financière des consommateurs. Deuxièmement, développer des mécanismes de responsabilisation et de réparation qui soient justes et accessibles aux personnes affectées.

l'Amérique latine

La mise en place de canaux spécifiques pour signaler les escroqueries et les fraudes, permettant ainsi aux informations d'atteindre plus rapidement les autorités et les fournisseurs correspondants, arrive en troisième position. La quatrième recommandation est d'utiliser une typologie pour collecter et classer les données sur la fraude. Le cinquième vise à élever les niveaux de culture financière numérique et à promouvoir une plus grande sensibilisation aux risques. Enfin, la sixième recommande de renforcer la collaboration entre tous les acteurs de l’écosystème antifraude.

Cette dernière dimension mérite une attention particulière, car la prévention ne peut être laissée exclusivement entre les mains des banques ou des régulateurs. Les autorités de protection des consommateurs, les agences de sécurité et de justice, les fournisseurs de télécommunications, les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les entités financières peuvent disposer de différentes informations. Le partage des données et la coordination des réponses peuvent permettre de détecter plus tôt les campagnes frauduleuses et de réduire leur impact.

Les recommandations de l’OCDE sont particulièrement pertinentes pour l’Amérique latine, où l’expansion rapide des paiements et des services financiers numériques peut coexister avec des lacunes importantes en matière de culture numérique et financière. Pour les pays de la région, le défi consiste à faire progresser simultanément l’inclusion financière et la protection des consommateurs.

Risque systémique

Plus de numérisation ne signifie pas nécessairement plus de vulnérabilité. Un programme moderne de protection financière devrait intégrer les autorités de surveillance, les administrations publiques, les entités financières, les entreprises de technologie et de télécommunications, ainsi que les organisations de consommateurs. Il est également essentiel de faciliter des mécanismes simples de signalement et de récupération, d’améliorer l’utilisation des données et de développer des campagnes d’éducation permanentes, et pas seulement des actions de communication suite à une vague de fraude.

La principale leçon du rapport de l’OCDE est que les escroqueries financières doivent être considérées comme un risque systémique pour la confiance dans l’écosystème financier numérique. Ses effets ne se limitent pas à la perte économique subie par une personne. Ils peuvent également miner la confiance dans les institutions, décourager l’utilisation des services numériques et affecter les progrès réalisés en matière d’inclusion financière.

Face à un phénomène qui évolue à la même vitesse que la technologie, les politiques publiques doivent être dynamiques et fondées sur des données probantes. La combinaison d’une réglementation efficace, de systèmes de détection, de mécanismes de recours accessibles, de données de qualité, d’éducation numérique et de coopération interinstitutionnelle offre une feuille de route concrète.

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