
Le 10 juillet 2027, l’Union européenne activera certaines des mesures les plus strictes de son nouveau cadre contre le blanchiment d’argent, des règles qui auront un impact direct sur le secteur des crypto-actifs et qui pourraient marquer l’avenir de la confidentialité financière en Europe.
Bien que le règlement (UE) 2024/1624, connu sous le nom d’AMLR (Anti-Money Laundering Règlement), ait été approuvé en 2024 dans le cadre du nouveau paquet européen contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, plusieurs de ses dispositions les plus pertinentes pour l’industrie de la cryptographie ne seront pleinement applicables qu’en 2027.
Fin des comptes crypto anonymes dans l’UE
L’un des changements les plus importants sera l’interdiction de conserver des comptes anonymes auprès des prestataires de services de crypto-actifs agréés dans l’Union européenne. Les bourses et plateformes réglementées doivent identifier pleinement leurs clients et ne pourront pas proposer de services permettant des opérations sans vérifier l'identité de l'utilisateur.
Avec cette mesure, Bruxelles cherche à assimiler les obligations des sociétés de cryptographie à celles déjà supportées par les banques et autres entités financières traditionnelles. Les nouvelles règles augmentent également la pression sur les cryptoactifs conçus pour maximiser l’anonymat des transactions.
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Bien que le règlement ne mentionne pas expressément de projets spécifiques, divers experts juridiques estiment que les exigences en matière de traçabilité et d'identification pourraient sérieusement compliquer la tâche des plateformes réglementées européennes qui répertorient des pièces présentant de fortes caractéristiques de confidentialité, telles que Monero ou Zcash. En pratique, de nombreuses entreprises pourraient choisir d’exclure ces types d’actifs de leurs marchés européens afin de réduire les risques réglementaires et de conformité.
10 000 euros pour les paiements en espèces
Par ailleurs, à partir de juillet 2027, les paiements en espèces supérieurs à 10 000 euros pour des biens ou des services seront interdits. La restriction s'appliquera également lorsqu'une opération est artificiellement divisée en plusieurs paiements liés. La Commission européenne considère que cette mesure rendra difficile l'utilisation d'espèces dans des opérations liées au blanchiment d'argent, à l'évasion fiscale et à d'autres activités illicites.
Nouveau chapitre réglementaire pour les cryptomonnaies
Les nouvelles obligations s’ajoutent à deux autres piliers réglementaires qui transforment déjà le marché européen des actifs numériques. D’une part, le règlement MiCA établit un cadre commun pour l’émission de cryptoactifs et la fourniture de services y liés dans les 27 États membres.
D’autre part, le Transfer of Funds Règlement (TFR), connu sous le nom de Travel Rule, impose depuis décembre 2024 de collecter et de transmettre des informations sur les expéditeurs et les bénéficiaires des transferts de cryptoactifs effectués via des prestataires régulés. L’AMLR complète ce cadre réglementaire en intégrant des exigences spécifiques en matière de prévention du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme pour l’ensemble de l’écosystème financier européen.
AMLA surveillera la conformité
La supervision du nouveau système incombera à l'Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d'argent (AMLA), le nouvel organisme communautaire basé à Francfort. L'AMLA coordonnera les superviseurs nationaux et aura des pouvoirs directs sur certaines entités considérées comme à haut risque, notamment certaines entreprises du secteur de la cryptographie.
La création de cette autorité représente l'un des changements institutionnels les plus importants dans la surveillance financière européenne depuis la création des organismes bancaires communautaires après la crise financière. Les autorités européennes soutiennent que les nouvelles règles sont nécessaires pour empêcher que les crypto-monnaies soient utilisées à des fins de blanchiment d'argent, de financement du terrorisme et d'autres activités criminelles.
Cependant, une partie de la communauté crypto considère que ces mesures représentent une nouvelle avancée vers la surveillance financière et une réduction progressive de la vie privée des utilisateurs.
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