Les prochains mois placeront les télécommunications au centre de certains des dossiers les plus pertinents pour la politique industrielle européenne. Les discussions sur la loi sur les réseaux numériques, le renouvellement des fréquences en Italie, la migration vers des réseaux entièrement fibre, le développement de la 5G Standalone et la croissance du cloud et de l'intelligence artificielle dessinent un agenda beaucoup plus large que celui traditionnellement associé au secteur.
Le point sous-jacent est le rôle que les réseaux joueront dans la transformation numérique de l’Europe. Connectivité, capacité de calcul, sécurité et disponibilité des données sont désormais des éléments étroitement liés à la compétitivité de l'industrie et des services. Pour les opérateurs télécoms, cela implique de faire face à un périmètre technologique plus large et à des politiques publiques qui tendent de plus en plus à considérer les infrastructures numériques comme des atouts stratégiques.
La souveraineté numérique, des déclarations à la capacité industrielle
Le thème de la souveraineté technologique sera l’un des fils conducteurs de l’agenda européen. Le paquet présenté par la Commission en juin, conjointement avec le Cloud and AI Development Act, vise à renforcer la présence européenne dans le cloud, les centres de données et les infrastructures nécessaires au développement de l'intelligence artificielle.
Pour les télécommunications, il s'agit d'une étape importante. La souveraineté numérique concerne également la question de savoir qui contrôle les technologies, les réseaux et les capacités de traitement, la manière dont les chaînes d'approvisionnement sont gérées et le degré d'autonomie que l'Europe peut conserver dans les segments les plus stratégiques.
Le sujet va donc au-delà de la localisation des données. Il s’agit de la possibilité de construire un écosystème dans lequel les opérateurs de réseaux, les fournisseurs de cloud, l’industrie technologique et les entreprises peuvent développer des services avancés sans accroître les dépendances aux points les plus sensibles de la chaîne de valeur.
Pour l’Europe, il s’agit de trouver un équilibre entre l’autonomie, l’ouverture des marchés et la collaboration avec les acteurs mondiaux. Une question particulièrement délicate dans le secteur des télécommunications, qui s'appuie depuis toujours sur les normes internationales, l'interopérabilité et les chaînes d'approvisionnement réparties sur plusieurs continents.
La loi sur les réseaux numériques, banc d'essai du marché unique
Sur un plan plus strictement réglementaire, la loi sur les réseaux numériques sera l'un des dossiers centraux de l'automne. La proposition de la Commission vise à moderniser le cadre des communications électroniques et à réduire la fragmentation qui continue de caractériser le marché européen.
Pour les opérateurs, la discussion portera avant tout sur les conditions nécessaires pour développer des activités à l'échelle continentale et planifier l'évolution des réseaux sur le long terme. La relation entre concurrence, dimension industrielle et durabilité des investissements reviendra inévitablement au centre du débat.
La consolidation continuera également d’être surveillée de près. Dans les prochains mois, il sera important de comprendre à quel point l'Europe entend changer son approche d'un marché qui reste majoritairement national, alors que la plupart des concurrents et fournisseurs technologiques des opérateurs télécoms opèrent désormais à l'échelle mondiale.
La loi sur les réseaux numériques aura donc également valeur de test de la capacité à rapprocher concrètement l'objectif d'un marché unique des télécommunications.
Spectre et 5G, la capacité à créer des services compte désormais
En Italie, l'une des mesures les plus immédiates concerne les fréquences. Agcom a lancé la consultation sur le renouvellement et l'extension des droits d'utilisation expirant en 2029, ouvrant une discussion destinée à influencer la planification des réseaux mobiles dans les années à venir.
Le spectre est directement lié à l’évolution vers 5G autonomece qui vous permet d'utiliser plus pleinement des fonctions telles que le découpage de réseau, les réseaux privés, les services critiques et l'automatisation industrielle.
Après une première saison axée principalement sur la couverture, le jeu s'oriente progressivement vers la capacité à transformer la 5G en une plateforme de nouveaux services. L’industrie, la logistique, la santé, l’automobile et les services publics représentent quelques-uns des domaines dans lesquels une connectivité avancée peut prendre une valeur croissante.
Il sera donc important pour les opérateurs de consolider leur présence sur le marché des entreprises et de construire des écosystèmes avec des entreprises, des fournisseurs de technologies et des intégrateurs, faisant émerger des cas d'usage capables d'accompagner le développement des réseaux.
La fibre, de la couverture à la migration
Même sur le réseau fixe, les priorités changent. Après les interventions de ces dernières années, parallèlement à l'achèvement des toitures, elles deviennent centrales la migration du cuivre, la croissance de la demande d’ultra haut débit et l’utilisation efficace des infrastructures déjà construites.
La transition vers des réseaux entièrement fibre sera l’une des étapes les plus délicates. Cela nécessitera une coordination entre les opérateurs, les institutions et le marché, car l'abandon des technologies existantes devra s'accompagner de la diffusion de nouveaux services auprès des familles, des entreprises et des administrations publiques.
Dans ce contexte, les modèles de gros et le partage des infrastructures gagnent également en importance. Le thème sera d'utiliser au mieux les actifs disponibles, en orientant les ressources vers les domaines et les services dans lesquels elles peuvent générer une plus grande valeur.
L’évolution de la fibre entre ainsi dans une phase moins liée à la seule extension géographique et plus axée sur l’efficacité globale du système.
La cybersécurité et la résilience entrent dans l’agenda industriel
Pour compléter le tableau, il y a la sécurité. NIS2, Cyber Resilience Act et les nouvelles initiatives européennes sur l’intelligence artificielle élargissent le champ des obligations et des responsabilités de tous les acteurs de l’écosystème numérique.
Pour les opérateurs télécoms, le sujet comprend la protection des réseaux, la continuité opérationnelle, la sécurité de la chaîne d'approvisionnement, les câbles sous-marins et l'intégration progressive entre les infrastructures terrestres et satellitaires. La résilience de la connectivité a un impact direct sur le fonctionnement des entreprises, des administrations publiques, des systèmes énergétiques et des services essentiels.
C’est pourquoi la cybersécurité et les télécommunications entrent de plus en plus dans le champ de la sécurité économique européenne.
L'automne prochain mettra donc sur la table des questions différentes mais complémentaires : règles, spectre, modernisation des réseaux, autonomie technologique et sécurité. Pour l’Europe, l’étape décisive sera de pouvoir transformer cet agenda en politiques cohérentes. Pour les opérateurs télécoms italiens, ce sera le contexte dans lequel définir les choix technologiques et industriels des années à venir.