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La séance asiatique de ce lundi s'est ouverte sur un schéma classique consistant à identifier un épisode de pure aversion au risque. Ce qui a commencé comme une journée de prise de bénéfices dans le domaine de la technologie s’est rapidement transformé en quelque chose de plus profond.
À Séoul, le KOSPI a perdu plus de 8% et a activé des mécanismes de court-circuit, ces coupe-circuit institutionnels qui ne s'activent que lorsque le marché lui-même a besoin d'une pause pour encaisser le coup.
SK Hynix a chuté de 8 % et Samsung Electronics de 9 %, deux noms qui ne sont pas simplement des poids lourds de l'indice coréen, mais qui ancrent une grande partie du récit mondial de la mémoire et des semi-conducteurs sur lequel repose le cycle d'investissement actuel dans l'intelligence artificielle.
Tokyo n'offrait aucun refuge. À un moment donné, le Nikkei a chuté de plus de 2 600 points, soit environ 4 %, avec le parcours habituel des victimes : SoftBank Group a perdu plus de 8 %, Tokyo Electron a chuté de 6 % et Advantest a perdu 5 % en cours de route.
Le fil conducteur entre Séoul et Tokyo n’est pas le hasard mais l’arithmétique financière. Les deux marchés concentrent l’exposition aux actifs technologiques de longue durée, ces actifs dont la valeur actuelle dépend de manière disproportionnée des flux de trésorerie futurs et qui sont donc les premiers à souffrir lorsque la courbe des taux évolue dans la mauvaise direction.
Le déclencheur : un travail américain qui réécrit le scénario de la Fed
La tendance est en train de changer. Vendredi, le rapport sur l'emploi aux États-Unis a surpris le marché, défiant les attentes maintenues depuis des mois, en révélant que l'économie a ajouté 172 000 emplois non agricoles en mai, soit plus du double des prévisions des analystes.
Un marché du travail aussi résilient à cette fin du cycle élimine l’argument confortable de la Fed selon lequel l’inflation se modérera d’elle-même. Ce qui était autrefois un débat sur le moment où réduire les taux s’est transformé, et c’est ici le véritable tournant, en une discussion sur la question de savoir si la Fed devrait augmenter à nouveau ses taux avant la fin de l’année.
Les rendements du Trésor ont immédiatement réagi à la hausse. La combinaison d’une hausse des taux longs et d’un segment technologique techniquement suracheté est précisément la combinaison qui pénalise historiquement le plus les valorisations de duration.
Géopolitique et nature complètent le cocktail
À ce cocktail monétaire s’est ajouté un front géopolitique ouvert. Dimanche, l'Iran a lancé des vagues de missiles contre le territoire israélien en réponse aux récentes attaques israéliennes contre le Liban, rompant ainsi la trêve de facto en vigueur depuis le cessez-le-feu du 7 avril.
Le marché y voit la fermeture d’une fenêtre de calme relatif et la réouverture de la prime de risque au Moyen-Orient, avec des implications immédiates sur les flux de pétrole, d’or et de capitaux qui abandonnent traditionnellement les actifs à risque dès que les négociations entre Washington et Téhéran entrent dans la zone de turbulences.
Comme si cela ne suffisait pas, un séisme de magnitude 7,8 au large du sud des Philippines, enregistré quelques heures seulement avant l'ouverture, a ajouté une couche supplémentaire d'incertitude opérationnelle sur une session asiatique déjà fragile.
Lecture : convergence, pas causalité unique
La leçon offerte par cette journée ne réside pas dans aucun des facteurs pris séparément mais dans leur convergence. Aucun à lui seul n’aurait provoqué une baisse de 8 % du KOSPI ou déclenché des courts-circuits.
C'est la coïncidence d'un marché du travail américain qui réécrit le scénario de la Fed, d'une escalade militaire au Moyen-Orient et d'un tremblement de terre d'une ampleur considérable en moins de 72 heures qui a dépassé la capacité d'absorption du marché.
Au cours des prochains jours, l’attention se portera sur les rendements du Trésor à 10 ans et sur la réponse diplomatique concernant Israël et l’Iran. Tant que ces deux variables ne trouveront pas un nouvel équilibre, les rebonds techniques en Asie auront bien plus l’occasion de réduire le risque que de susciter un retour durable à l’appétit d’achat.
-M. marché