
Le intelligence artificielle (IA) est devenu l’un des principaux moteurs d’investissement à l’échelle mondiale, mais aussi une source de préoccupation croissante pour les régulateurs financiers. Il Banque d'Angleterre (BoE) a averti mardi que les progrès rapides de cette technologie créaient de nouveaux risques pour la stabilité financière, allant d'une plus grande exposition des marchés à des corrections brusques en passant par une augmentation des cybermenaces contre le système bancaire.
Dans sa dernière évaluation semestrielle des risques auxquels est confronté le système financier britannique, l'institution a noté qu'en plus des défis déjà connus tels que les valorisations boursières élevées, la dette publique et le crédit privé à haut risque, de nouveaux facteurs sont apparus directement liés à l'essor de l'intelligence artificielle. Pour la banque centrale, la combinaison des attentes de croissance, de la dette et de l’adoption accélérée des technologies pourrait amplifier les tensions futures sur les marchés financiers.
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L’essor de l’intelligence artificielle accroît également les risques financiers
Le rapport de la Banque d’Angleterre souligne que l’enthousiasme des investisseurs pour les entreprises liées à l’IA entraîne un volume croissant de transactions financées par l’emprunt.
Selon l'entité, certains acteurs du marché, y compris les hedge funds, utilisent l'effet de levier pour accroître leur exposition aux actions liées à l'IA. Dans le même temps, de nombreuses entreprises du secteur s’endettent de manière importante pour financer la construction d’infrastructures et le développement de nouveaux modèles technologiques.
Bien que ces investissements reflètent la confiance du marché dans le potentiel de l’intelligence artificielle, la banque centrale prévient que ce scénario dépend de la réalisation simultanée de plusieurs conditions.
Parmi eux se distinguent :
- Une adoption massive et rentable de l’intelligence artificielle.
- La construction efficace des infrastructures nécessaires.
- Accès continu au financement pour les entreprises du secteur.
Si l’un de ces facteurs n’évoluait pas comme les marchés l’attendent, les valorisations actuelles pourraient être considérablement réévaluées.
La Banque d'Angleterre met en garde contre d'éventuelles corrections sur les marchés
L’un des principaux messages du rapport est que les attentes élevées en matière d’intelligence artificielle pourraient devenir une source de volatilité financière.
La Banque d'Angleterre prévient qu'une révision négative des perspectives de croissance du secteur pourrait déclencher de fortes chutes des cours des actions liées à l'IA.
De plus, il identifie plusieurs éléments qui pourraient amplifier un éventuel ajustement :
Forte concentration du marché
Une part importante de l’optimisme des investisseurs se concentre sur un nombre relativement restreint d’entreprises liées à l’intelligence artificielle.
Cette concentration augmente le risque qu'une dégradation des perspectives du secteur ait un effet disproportionné sur les principaux indices boursiers.
Des postes très corrélés
Le rapport note également que de nombreux investisseurs adoptent des stratégies similaires, motivées par la forte dynamique du marché.
Lorsque de nombreux participants réagissent simultanément à un changement des attentes, les ventes peuvent s'intensifier et augmenter considérablement la volatilité.
Utilisation accrue de l’effet de levier
Le recours à la dette pour financer des investissements constitue un autre sujet de préoccupation.
Selon la Banque d’Angleterre, l’effet de levier peut accélérer les pertes lors d’une correction, car il oblige de nombreux investisseurs à liquider rapidement leurs positions lorsque les prix commencent à baisser.
La dette des entreprises d’IA inquiète aussi le régulateur
Un autre point souligné par la banque centrale est l’endettement croissant des entreprises dédiées au développement de l’intelligence artificielle.
Beaucoup de ces entreprises financent des investissements à grande échelle par la dette, pariant que les revenus futurs justifieront ces niveaux de financement.
Toutefois, la Banque d'Angleterre considère que la soutenabilité de cette dette dépendra directement de la capacité réelle de ces entreprises à générer des bénéfices dans le futur.
L'institution prévient également que le manque de transparence sur la structure de cette dette pourrait compliquer une éventuelle crise financière, rendant difficile l'évaluation du risque par les investisseurs et les régulateurs.
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L'IA augmente l'exposition des banques aux cyberattaques
Au-delà des risques financiers, le rapport accorde une attention particulière à l’impact de l’intelligence artificielle sur la cybersécurité du système bancaire.
La Banque d’Angleterre reconnaît qu’il n’est toujours pas clair si les progrès de l’IA sont plus favorables aux attaquants ou à ceux qui développent des mécanismes de défense.
Cependant, il considère que la croissance de ces capacités obligera les entités financières à mettre à jour plus fréquemment leurs plateformes technologiques et leurs systèmes de protection.
Ce processus de mise à jour continue introduit également de nouveaux risques opérationnels.
Chaque modification logicielle augmente la possibilité d'interruptions temporaires, de dysfonctionnements ou de vulnérabilités qui pourraient affecter le fonctionnement normal des institutions financières.
Les régulateurs commencent à concentrer leur attention sur l’IA agentive
Le rapport reflète également une inquiétude croissante concernant les systèmes d’intelligence artificielle capables d’agir avec une intervention humaine limitée.
Les régulateurs internationaux accordent une attention croissante à ces modèles en raison des risques opérationnels et de cybersécurité qu’ils pourraient présenter pour les infrastructures critiques, notamment le système financier.
L’inquiétude ne se limite pas seulement aux modèles d’IA de pointe, mais aussi au développement de systèmes agents capables d’exécuter des actions de manière autonome.
Fin juin, le vice-gouverneur de la Banque d'Angleterre, Sarah Breedena publiquement évoqué la nécessité de développer une réglementation spécifique pour ce type d’intelligence artificielle.
Comme il l'a expliqué, les cadres réglementaires actuels ont été conçus pour des environnements où la supervision humaine est un élément permanent.
Dans ce contexte, il a déclaré que dépendre de l’intervention humaine pour toutes les décisions prises par des agents autonomes ne semble plus être une stratégie réaliste.
Le système bancaire britannique reste résilient
Malgré les risques identifiés, la Banque d’Angleterre estime que le système financier britannique reste dans une position solide.
Le rapport conclut que les entités bancaires conservent une capacité suffisante pour absorber d'éventuelles tensions économiques.
Dans le cadre de ses propositions, la banque centrale a également proposé de permettre aux banques de réduire plus facilement le montant de leurs capitaux détenus après une crise.
L'objectif de cette mesure serait de maintenir le flux de crédit aux ménages et aux entreprises même pendant les périodes d'incertitude financière, empêchant ainsi l'accumulation excessive de capital de limiter l'activité économique.
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L’intelligence artificielle entre définitivement dans le radar de la stabilité financière
Le rapport semestriel de la Banque d'Angleterre indique clairement que l'intelligence artificielle n'est plus considérée uniquement comme un outil d'innovation technologique, mais comme un facteur capable d'influencer directement la stabilité du système financier.
La combinaison d’investissements lourds, d’un endettement élevé, de la concentration du marché et des risques opérationnels découlant de l’adoption accélérée de cette technologie conduit les régulateurs à étendre leurs mécanismes de surveillance.
Même si la banque centrale britannique ne considère pas qu'il existe une menace immédiate pour la solidité du système bancaire, elle prévient que l'évolution de l'intelligence artificielle pourrait devenir l'un des principaux défis des marchés financiers dans les années à venir. La rapidité avec laquelle les entreprises, les investisseurs et les entités financières adopteront ces technologies, ainsi que la capacité des régulateurs à adapter leurs cadres réglementaires, seront déterminantes pour réduire les risques liés à cette nouvelle étape de la transformation numérique.
