L'Espagne protège l'IA qui sélectionne les personnes sur lesquelles enquêter au Trésor

L'Espagne protège l'IA qui sélectionne les personnes sur lesquelles enquêter au Trésor

Le projet de loi organique espagnole pour le bon usage et la gouvernance de l'intelligence artificielle intègre une profonde réforme en matière fiscale qui renforce la protection des algorithmes utilisés par l'administration fiscale pour prévenir la fraude fiscale.

Le texte, publié au Journal officiel des Cortes Générales du 12 juin 2026, modifie la loi générale des impôts, limite les informations qui peuvent être rendues publiques sur ces systèmes et réglemente un mécanisme exceptionnel d'accès aux données fiscales dans le cadre d'enquêtes liées à l'intelligence artificielle.

Adapter le cadre juridique

La réforme répond à l'émergence de technologies de rupture dans l'administration et à la nécessité d'adapter le cadre juridique traditionnel à l'utilisation croissante de systèmes algorithmiques dans le secteur public. Dans le domaine fiscal, le projet cherche à équilibrer les exigences de transparence imposées par la réglementation de l'intelligence artificielle avec la nécessité de préserver le secret qui accompagne historiquement les actions de lutte contre la fraude.

Pour y parvenir, la réglementation repose sur trois piliers : la modification de la Loi Générale des Impôts, la création d'un régime spécial pour les systèmes d'intelligence artificielle utilisés par l'Agence des Impôts dans le cadre de l'inventaire public du secteur étatique et la mise en place d'une procédure exceptionnelle pour le transfert d'informations fiscales.

Le secret de l'IA du Trésor en Espagne

La principale nouveauté se trouve dans la Première Disposition Finale du projet, qui modifie l'article 116 de la Loi Générale des Impôts, consacré au Plan de Contrôle Fiscal. Le texte maintient que ledit plan restera confidentiel, même si seuls les critères généraux qui guident les actions de l'Administration pourront être rendus publics.

Le Trésor espagnol utilisera l’IA comme arme de surveillance massive des citoyens

La réforme étend expressément cette protection aux plans de contrôle partiel, aux moyens de traitement informatisés de l'information, aux systèmes de sélection des contribuables et, notamment, à tous les systèmes automatisés, algorithmiques, analytiques ou d'intelligence artificielle utilisés dans la prévention et le contrôle de la fraude fiscale lorsque leur divulgation pourrait compromettre l'efficacité des actions ou faciliter l'évasion fiscale.

Le projet établit également que ces informations ne peuvent faire l'objet de publicité, de communication ou d'accès public, ni être mises à la disposition des contribuables ou d'organismes étrangers à l'application des impôts. Toutefois, l'Administration pourra diffuser des informations à caractère général, agrégé ou descriptif sur ces systèmes, à condition que ces informations ne permettent pas de connaître leur fonctionnement ou de compromettre l'efficacité des actions fiscales.

Au total, la modification configure un régime de réserve renforcé pour les algorithmes et les outils d'intelligence artificielle utilisés par le Trésor dans la lutte contre la fraude.

Une exception pour le fisc

Le projet introduit également une exception au régime général de transparence applicable aux systèmes d'intelligence artificielle dans le secteur public de l'État. Bien que l'article 12 établisse de manière générale l'obligation d'enregistrer et d'inventorier les systèmes d'IA utilisés dans les procédures administratives électroniques, l'article 12.5 établit un traitement spécifique pour les outils utilisés dans la prévention et le contrôle de la fraude fiscale.

L'inscription de ces systèmes à l'inventaire public ne peut être réalisée que lorsqu'elle est compatible avec le caractère réservé reconnu par la Loi Générale des Impôts. En outre, le projet interdit d'inclure toute description, métadonnées ou informations techniques permettant de connaître, reproduire, déduire ou éluder le fonctionnement des algorithmes utilisés par l'Agence fiscale.

Le législateur entend ainsi éviter que les obligations générales de transparence en matière d'intelligence artificielle ne deviennent un moyen indirect de révéler le fonctionnement des systèmes de sélection utilisés par l'administration fiscale.

Demander des données fiscales dans des cas exceptionnels

La troisième modification à impact fiscal se retrouve dans le régime de sanctions prévu pour les opérateurs et fournisseurs d’intelligence artificielle. L'article 36 autorise la réalisation d'actions d'enquête préalables à l'ouverture formelle d'un dossier de sanction pour identifier les éventuels responsables.

Dans le cadre de cette procédure, l'article 3 permet à l'autorité de surveillance du marché, comme l'Agence espagnole de contrôle de l'intelligence artificielle (AESIA), de demander des informations aux administrations publiques, y compris les administrations fiscales et la sécurité sociale, lorsqu'il n'a pas été possible d'identifier les responsables par d'autres moyens.

Selon le projet, seules les données strictement indispensables pour déterminer l'identité du responsable présumé pourront être demandées et exclusivement à cette fin. La future loi intègre ainsi un mécanisme exceptionnel de transfert d'informations fiscales, limité par les principes de subsidiarité et de spécialité, en réservant cet accès aux seuls cas où les mécanismes ordinaires d'identification se sont révélés insuffisants.

La réforme place ainsi l'Agence fiscale parmi les organismes publics qui pourront maintenir les systèmes d'intelligence artificielle utilisés pour la prévention de la fraude sous un régime de réserve spécial, tout en adaptant le cadre fiscal aux nouvelles obligations découlant de la future réglementation espagnole sur l'intelligence artificielle.

Voir l’article original en espagnol