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Un post circule sur X avec une idée aussi vieille que inconfortable : nous regardons le graphique Bitcoin à l’envers depuis des années. Le compte vérifié du Rand Group l'a résumé ce jeudi dans une phrase qui a déjà accumulé des milliers de vues : le graphique ne montre pas le Bitcoin en hausse, mais le dollar en baisse – le mot « millionnaire » reste le même, mais la richesse qu'il désigne diminue décennie après décennie.
Le point de départ, ce sont des données concrètes, pas une opinion. Depuis l'ouverture de la Réserve fédérale en 1913, le dollar a perdu environ 97 % de son pouvoir d'achat, selon l'indice des prix à la consommation du Bureau of Labor Statistics. En termes simples : il faut aujourd’hui environ 34 millions de dollars pour acheter ce qu’un million de dollars achetait en 1913.
Le signal derrière la provocation
La partie vérifiable de la thèse est solide et doit être prise au sérieux. Un millionnaire du début du XXe siècle était véritablement riche ; Un millionnaire d’aujourd’hui, comme le résume le tweet lui-même, a un acompte sur une maison et une retraite nerveuse. L’étalon par lequel nous mesurons la richesse a rétréci, et chaque génération a donc besoin d’un plus grand nombre de personnes pour se tenir là où se trouvait son grand-père.
Cette érosion silencieuse – une moyenne de 3,17% composée annuellement sur 113 ans – est l'argument sous-jacent qui soutient la thèse du Bitcoin comme unité de mesure alternative : un actif à émission fixe face à une monnaie dont l'offre n'a cessé de croître.
Le bruit qui devrait être séparé
Désormais, le graphique qui accompagne la publication appartient à une autre catégorie. Préparé par l'analyste Sminston With, il projette le prix du Bitcoin jusqu'en 2080 à l'aide d'un modèle de loi de puissance, et de là viennent les dates qui circulent comme si elles étaient le destin : le million de dollars de 2023 serait atteint en 2036, celui de 1963 en 2054, celui de 1903 seulement en 2072.
Il faut le dire sans ambages : il s’agit d’une extrapolation mathématique, pas d’un fait. Aucun modèle ne garantit que Bitcoin suivra une courbe pendant cinq décennies, et les discussions sur X ont tendance à brouiller cette frontière. Les 180 millions à la fin du tweet sont le résultat du modèle, pas une mesure.
L’ironie du moment vient du marché lui-même : cette thèse circule la même semaine où le Bitcoin se négocie à près de 62 000 $, 50 % en dessous de son maximum, et les sociétés en chaîne se demandent si le plancher est déjà formé.
Le court terme crie à la capitulation tandis que le long terme murmure la lente érosion du dollar. Les deux conversations sont légitimes, mais une seule repose sur un siècle de données vérifiables. L’autre, pour l’instant, est un pari avec de bonnes mathématiques et une meilleure narration.
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