Selon un rapport de la société de renseignement blockchain TRM Labs, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien a utilisé des crypto-monnaies pour déplacer environ 1 milliard de dollars via des plateformes enregistrées au Royaume-Uni. Le rapport identifie que le CGRI, soumis aux sanctions des États-Unis et d’autres pays, a utilisé Zedcex et Zedxion, deux bourses de cryptomonnaie enregistrées au Royaume-Uni, pour acheminer des fonds de 2023 à 2025.
Bien que Zedcex et Zedxion soient répertoriées comme des entités distinctes au Royaume-Uni, TRM Labs estime qu'elles fonctionnent comme une bourse unique, utilisant des structures d'entreprise légères, des administrateurs désignés, des adresses virtuelles et des déclarations répétées d'inactivité aux registres d'entreprises britanniques. Une conception qui aurait servi à cacher le contrôle réel de l’infrastructure crypto, malgré le volume élevé de transactions détectées dans la blockchain.
Le rapport met en évidence la continuité opérationnelle entre les deux entités, en soulignant la coïncidence des administrateurs, de la direction et de la chronologie de l'entreprise, ce qui indique une stratégie délibérée pour éviter les risques réglementaires.
Le rôle de Babak Zanjani
Une figure centrale de ce réseau est Babak Morteza Zanjani, un financier iranien de longue date spécialisé dans le contournement des sanctions, précédemment sanctionné par les États-Unis et l’Union européenne pour avoir blanchi des milliards de dollars de revenus pétroliers pour le compte d’entités du régime, dont les Gardiens de la révolution.
L’adoption massive de pièces stables stimule TRON et punit Ethereum
Zanjani a été lié à Zedxion à ses débuts et, après son retrait formel, Zedcex a émergé avec une structure presque identique, ce qui, selon le rapport, renforce la thèse de la continuité. Après avoir vu sa peine de mort commuée en Iran en 2024, Zanjani est réapparu publiquement en 2025 lié à des projets économiques alignés sur le régime.
USDT sur Tron comme voie principale
L’enquête montre que pratiquement tous les flux ont été réalisés en USDT sur le réseau Tron. Les portefeuilles associés à Zedcex servaient de nœuds de compensation, déplaçant les fonds entre des adresses contrôlées par le CGRI, des intermédiaires offshore et des plateformes cryptographiques nationales iraniennes telles que Nobitex, Wallex ou Aban Tether.
TRM identifie Zedcex comme un centre de règlement stable intégré dans un réseau d'évasion des sanctions. Le rapport documente également des transferts directs dépassant 10 millions de dollars depuis des portefeuilles attribués à la fois à Zedcex et au CGRI vers des adresses contrôlées par Sa'id Ahmad Muhammad al-Jamal, un financier houthi identifié par l'OFAC américain. Les transactions ont été réalisées sans intermédiaires, soulignant l'idée que l'infrastructure de la bourse agissait comme un canal de financement.
De la crypto aux paiements réels
Au-delà de la sphère onchain, Zedcex et Zedxion auraient été intégrés à Zedpay, un processeur de paiement mobile basé en Turquie, connecté aux entités financières locales. Cette couche a permis de relier les crypto-actifs aux paiements fiduciaires, élargissant ainsi l’utilité opérationnelle du réseau pour les acteurs soumis à des sanctions.
Un changement structurel dans le risque crypto
Pour TRM Labs, le cas Zedcex représente une nouvelle phase de risque lié aux cryptomonnaies. Il ne s’agit pas d’une utilisation ponctuelle d’actifs numériques pour contourner les contrôles, mais du contrôle direct de l’infrastructure cryptographique par une organisation militaire sanctionnée.
Le rapport conclut que le défi pour les régulateurs et les plateformes n’est plus seulement de suivre les transactions illicites, mais d’identifier et de démanteler des infrastructures financières entières qui fonctionnent sous couvert légitime.