La BCE craint que les stablecoins affaiblissent les banques

La BCE craint que les stablecoins affaiblissent les banques
  • L’intérêt croissant pour les pièces stables réduit les dépôts et les prêts, selon l’étude.

  • La BCE propose l'euro numérique avec des limites de détention pour protéger les dépôts bancaires.

La Banque centrale européenne (BCE) a publié un rapport documentant comment l'adoption des pièces stables déplace les fonds des dépôts des banques de détail vers les actifs numériques dans la zone euro. La recherche indique que ce phénomène accroît la dépendance des banques à l'égard du financement de gros, augmente leurs coûts et réduit l'octroi de crédit aux entreprises.

Les économistes Carlo Altavilla, Miguel Boucinha, Lorenzo Burlon, Ramón Adalid, Roberta Fortes et Franziska Maruhn analysent les données granulaires confidentielles des banques de la zone euro et les séries chronologiques d'attention du public extraites de Google Trends.

L'étude identifie un mécanisme de remplacement des dépôts tel que l’augmentation de l’intérêt pour les stablecoinsmesuré par les recherches Google, et est associé à une baisse mesurable des dépôts de détail et à une réduction des prêts bancaires aux entreprises.

Notre analyse montre que l’intérêt et l’attention croissants envers les stablecoins sont associés à une baisse appréciable des dépôts bancaires de détail et à une réduction des prêts bancaires aux entreprises. En d’autres termes, les pièces stables peuvent réduire le montant du crédit que les banques accordent à l’économie réelle.

Rapport de la BCE.

Le mécanisme principal est la substitution. En effet, les fonds sortant des dépôts de détail (une source de financement bon marché et stable) peuvent migrer vers des pièces stables. Dans de nombreux cas, les émetteurs investissent leurs réserves dans des bons du Trésor américain, puisant ainsi des liquidités dans le système bancaire de la zone euro. Cela oblige les banques à recourir davantage au financement de gros (émissions obligataires ou prêts interbancaires), plus coûteux et plus volatils, augmentant leurs coûts de financement et réduisant le volume des prêts à l'économie réelle.

Bien que le marché mondial des pièces stables atteigne environ 280 à 300 milliards de dollars (avec l'USDT de Tether et l'USDC de Circle comme principaux émetteurs), dans la zone euro, le volume reste marginal. Ceci parce que les stablecoins libellés en euros se situent entre 400 et 600 millions d'euroscontre environ 17 000 milliards d’euros de dépôts bancaires totaux. L’impact actuel est donc limité, mais pourrait être étendu avec une plus grande adoption.

Graphique préparé par les analystes de la BCE montrant l'évolution et les projections du marché du stablecoin adossé au dollar américain.
Ici, l'évolution historique (ligne bleue) et les attentes du marché pour 2028 et 2030 (barres bleues) sont indiquées en milliards de dollars. La barre jaune illustre la projection spécifique pour les actifs libellés dans des devises autres que le dollar.

Il est probable que sa diffusion [de las monedas estables en moneda extranjera] accroît la dépendance des banques à l'égard du financement de gros en devises… indiquant un affaiblissement de la transmission de la politique monétaire et une possible érosion de la souveraineté monétaire.

Rapport de la BCE.

Les auteurs soulignent que cette dynamique peut importer des conditions financières extérieures à la zone euro, par exemple des changements dans la politique monétaire de la FED ou dans la confiance mondiale. Ce, affaiblir l'efficacité des décisions de la BCE en matière de taux d'intérêt et l’érosion de son contrôle sur l’inflation et l’activité économique dans la région.

L’euro numérique comme alternative publique

En guise de réponse stratégique, le document présente l’euro numérique comme une alternative publique pour atténuer ces effets. Les auteurs soulignent que, grâce à des limites aux avoirs individuels (en analyse entre 500 et 3 000-4 000 euros par personne), l'euro numérique est conçu comme un instrument principalement transactionnel, protégeant les dépôts des banques commerciales et renforçant la stabilité financière.

Cette limite vise à garantir que l'actif fonctionne exclusivement comme un instrument de paiement (transactionnel) et non comme une réserve de valeur concurrente directe de l'épargne bancaire. La BCE tente ainsi de protéger la base des dépôts commerciaux et de garantir que sa politique de taux d’intérêt reste efficace.

En limitant les détentions individuelles, l’euro numérique est explicitement présenté comme un instrument transactionnel, protégeant ainsi les dépôts des banques commerciales et renforçant la stabilité financière.

Analystes de la BCE.

L'étude souligne que les impacts dépendent de l'ampleur de l'adoption, de la conception des actifs et du cadre réglementaire. Ce que les analystes ne détaillent pas dans leur rapport, c'est que le volume actuel de pièces stables adossées au dollar américain en La zone euro reste limitée par environ 17 000 milliards d’euros de dépôts bancaires totaux.

Bien que le volume des pièces stables dans la région soit encore faible par rapport au total des dépôts, la BCE applique déjà la réglementation MiCA pour superviser les émetteurs.

Ce conflit constitue un défi au cœur du secteur bancaire qui prévaut depuis des siècles. Historiquement, les banques ont fonctionné comme des magasins de confiance où les clients déposent leur épargne en échange de garanties et utilisent ce capital pour émettre des prêts et gagner des intérêts. Cependant, les stablecoins introduisent une concurrence native plus efficacecapable de déplacer de la valeur instantanément et à moindre coût, ce qui séduit les déposants et laisse les entités traditionnelles sans leur matière première essentielle pour fonctionner.

L'intégration des deux secteurs semble désormais inévitable, mais le succès de cette coexistence dépendra de la capacité du secteur bancaire à se renouveler. Si les institutions financières ne parviennent pas à offrir une valeur ajoutée, que ce soit par de meilleurs services, une plus grande sécurité juridique ou une réduction drastique de leurs frais, le déplacement des dépôts vers les actifs numériques cessera d’être une anecdote statistique.

Nous assistons au début d’une restructuration forcée où le système bancaire tel que nous le connaissons devra démontrer son utilité dans un monde où l’argent n’a plus besoin d’intermédiaires pour circuler.

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