La Russie relance une idée de missile à propulsion nucléaire américaine de 1964, malgré le risque radiologique

La Russie relance une idée de missile à propulsion nucléaire américaine de 1964, malgré le risque radiologique

Points clés à retenir

En 1964, les États-Unis ont construit puis abandonné un concept de missile de croisière à propulsion nucléaire parce que le système de propulsion aurait craché des gaz radioactifs sur tout ce qui se trouvait sur son passage. La Russie a maintenant redonné vie à cette idée sous la forme du Burevestnik, un turboréacteur à cycle direct chauffé par réacteur qui troque les limites de carburant conventionnelles contre une source de rayonnement mobile. Les tests ont déjà donné lieu à de sombres rappels, notamment une explosion le 08/08/2019 en mer Blanche liée à Rosatom et des pics de radiations signalés par la Fondation Bellona. Ce qui ressemble à un projet d'armes de retour est également une expérience réelle visant à déterminer jusqu'où un gouvernement poussera une technologie que les inventeurs d'origine ont jugée trop sale pour être utilisée.

Une relique de la guerre froide retrouve une seconde vie

De temps en temps, une idée d’ingénierie enfouie refait surface et rappelle à Washington pourquoi elle a été abandonnée en premier lieu. De retour sur les planches à dessin de 1964, les États-Unis ont construit un prototype de missile de croisière à propulsion nucléaire appelé Projet Pluto. Cela fonctionnait, selon les récits historiques, mais il posait un problème qu'aucune plage de test ne pouvait résoudre : le rayonnement sur toute la trajectoire de vol.

Aujourd’hui, la Russie revisite la même logique dure avec le Burevestnik, un missile à propulsion nucléaire que Moscou taquine publiquement depuis des années. Il ne s’agit pas simplement d’une autre ogive nucléaire, mais d’un système de propulsion nucléaire qui transforme le voyage lui-même en danger. C’est cette distinction qui retient à nouveau l’attention des experts en contrôle des armements et des analystes de la défense.

Ce que Pluton a prouvé et pourquoi les États-Unis se sont retirés

Pendant la guerre froide, les deux superpuissances recherchaient la propulsion nucléaire pour leur endurance stratégique. Dans le cas américain, le projet Pluto a exploré un moteur à propulsion nucléaire capable de maintenir un missile en l’air sur des distances extraordinaires sans ravitaillement en carburant, un avantage séduisant à l’heure où les systèmes d’alerte précoce s’amélioraient.

Le prix était une contamination inévitable. Le réacteur devait interagir avec l'air extérieur pour produire une poussée, ce qui signifiait que les gaz d'échappement radioactifs n'étaient pas un accident, ils étaient intégrés à la conception. Les États-Unis ont finalement annulé Pluton, non pas parce que les ingénieurs ont échoué, mais parce que les implications environnementales et en matière de sécurité étaient trop extrêmes pour être opérationnalisées de manière responsable.

Comment vole réellement le Burevestnik russe

Une analyse récente menée par des chercheurs du MIT apporte de nouveaux détails sur la conception russe. Au lieu de l'ancienne approche de Pluton, l'étude décrit Burevestnik comme utilisant un turboréacteur nucléaire à cycle direct : l'air extérieur circule à travers le cœur du réacteur, se réchauffe à cause de la fission, puis est projeté par l'arrière comme propulsion.

Cette simplicité permet de réduire le système à un missile d’environ 9,5 mètres de long, selon l’analyse. Mais cela signifie également que les gaz d’échappement peuvent transporter des sous-produits radioactifs. Les chercheurs décrivent des rejets probables comprenant des isotopes d'argon, de krypton et de carbone radioactif, ainsi que des particules provenant de l'érosion du réacteur sous la chaleur et la pression.

Portée, signatures et réalité désordonnée des tests

Stratégiquement, l’attrait est la persévérance. Un missile de croisière à propulsion nucléaire pourrait, en théorie, flâner pendant des heures ou plus et s’approcher depuis des directions inattendues, compliquant ainsi la planification de la défense antimissile et la couverture de surveillance. Mais la même caractéristique crée un inconvénient flagrant : plus il vole longtemps, plus il est susceptible de perdre.

Les tests ont également été assombris par des incidents. L’explosion de la mer Blanche en 2019, qui a tué cinq scientifiques de Rosatom, largement liés aux travaux sur la propulsion exotique, a été un point chaud notable. L’analyse du MIT soulève une possibilité supplémentaire : un réacteur récupéré pourrait avoir été réactivé lors de sa manipulation, rappelant que « un réacteur miniaturisé dans un missile » n’est pas seulement un défi de conception, c’est un risque de cycle de vie.

Le Burevestnik est-il donc une arme pratique ou un démonstrateur technologique pour d’autres systèmes, notamment les drones à longue autonomie ou les futures plateformes spatiales ? Quoi qu’il en soit, cela ressuscite une classe d’ingénierie nucléaire que les États-Unis jugeaient autrefois trop dangereuse à mettre en œuvre.

Voir l’article original en anglais

Prime Video sur Amazon.fr
Découvrez un monde infini de divertissement avec Prime Video d’Amazon. Inscrivez-vous dès maintenant pour profiter d’un essai gratuit de 30 jours et plongez dans vos séries et films préférés, où que vous soyez !