
Points clés à retenir
- En septembre, les prix du gaz en Europe ont bondi de plus de 40 %, atteignant des niveaux jamais vus depuis début 2023.
- Le terminal GNL de Ras Laffan, au Qatar, a été endommagé par les attaques de missiles iraniens, éliminant environ 17 % de ses capacités d'exportation.
- Le détroit d’Ormuz, point d’étranglement critique transportant environ 20 % des expéditions mondiales de GNL, connaît des contraintes de transport majeures
- Les réserves de gaz de l'Union européenne ne sont remplies qu'à 67 %, soit un niveau inférieur aux niveaux saisonniers habituels à l'approche de l'hiver.
- Les pressions sur les coûts de l'énergie ont incité la Banque centrale européenne à augmenter ses taux de 25 points de base.
Les marchés européens du gaz naturel ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis les premiers mois de 2023, alimentés par de graves contraintes affectant les livraisons de gaz naturel liquéfié des producteurs du Moyen-Orient. Le contrat de référence néerlandais TTF pour livraison dans le premier mois a grimpé au-delà de 40 % tout au long du mois de septembre, culminant à 79,64 euros par mégawattheure avant de reculer légèrement au cours de la séance de bourse de vendredi.
Vendredi, les prix ont chuté d'environ 2,5 % alors que les acteurs du marché ont obtenu des gains, mais l'indice de référence néerlandais a tout de même enregistré une solide progression hebdomadaire de 12,1 %. Cela représente la cinquième semaine consécutive de dynamique haussière. Le contrat correspondant de la Grande-Bretagne a également augmenté de 12,6 % sur la même période.
Le Qatar est au cœur de la crise. Le deuxième fournisseur mondial de GNL a subi d'importants dommages aux infrastructures de son complexe de Ras Laffan à la suite du bombardement de missiles iraniens en mars. Environ 17 % de la capacité totale de transport de GNL a été supprimée. QatarEnergy a maintenu des déclarations de force majeure sur certaines livraisons contractuelles jusqu'au début novembre.
Les perspectives de reprise restent incertaines, même avec une stabilisation régionale. Les experts du secteur prévoient que la restauration de la production pourrait prendre plusieurs semaines, tandis que les dommages structurels causés aux infrastructures de Ras Laffan pourraient limiter la production en dessous des normes historiques pendant trois à cinq ans.
Les complexes du détroit d’Ormuz suscitent des inquiétudes. Les affrontements militaires directs entre les forces américaines et l’Iran ont limité la circulation des pétroliers à travers ce passage vital. Cette voie navigable stratégique facilite environ 20 % du transit planétaire du GNL.
Les frappes américaines visant les navires pétroliers iraniens et les tirs de missiles iraniens en représailles contre les installations américaines en Jordanie ont amplifié les tensions régionales ces derniers jours. Les forces houthies du Yémen, alignées sur les intérêts iraniens, ont capturé la ville portuaire de Mocha, étendant ainsi les menaces maritimes plus profondément dans les voies de navigation de la mer Rouge.
Les prix du pétrole brut restent ancrés au-dessus de 108 dollars le baril. Ces coûts élevés ont intensifié la concurrence entre les producteurs d’électricité européens et les acheteurs asiatiques pour les expéditions alternatives provenant des fournisseurs du bassin atlantique.
Les stocks de stockage épuisés amplifient la vulnérabilité hivernale
Les installations européennes de stockage de gaz détiennent actuellement environ 67 % de la capacité maximale, ce qui est nettement inférieur aux moyennes historiques sur cinq ans pour cette période. Les taux d'injection en août et début septembre ont été freinés par des épisodes de chaleur estivale prolongés, par l'entretien programmé des pipelines norvégiens et par des conditions économiques défavorables pour les opérations de stockage.
Les spécialistes du marché de la Commerzbank indiquent que le secteur gazier mondial est actuellement confronté à des tensions plus importantes que les marchés pétroliers. Contrairement au pétrole brut, le GNL ne dispose pas de corridors de transport alternatifs viables si les restrictions du détroit d’Ormuz persistent.
Si les conditions hivernales glaciales stimulaient la consommation de chauffage en Asie, la ruée vers les livraisons disponibles pourrait s’intensifier considérablement. Les marchés européens seraient confrontés à une pression accrue et à une diminution des alternatives pour combler les déficits d’approvisionnement.
Les turbulences sur le marché de l’énergie ont directement influencé les décisions de politique monétaire. La Banque centrale européenne a augmenté son taux de facilité de dépôt de 25 points de base à 2,50 % lors de la réunion de jeudi, marquant la deuxième augmentation cette année. Les responsables de la BCE ont identifié comme principale préoccupation l'inflation induite par les coûts, résultant de l'augmentation des dépenses énergétiques.
Les valorisations du gaz naturel persistent à des seuils élevés à l’approche de l’hiver sans qu’aucune solution immédiate ne soit visible aux contraintes d’approvisionnement actuelles.
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