5G privée en Chine, objectif de 50 000 réseaux industriels d'ici 2030

La Chine accélère 5G privée pour l'industrie et tente de repenser le modèle avec lequel les entreprises peuvent utiliser les réseaux mobiles au sein des usines de production. Les autorités ont lancé un nouveau programme pilote dédié aux infrastructures autonomes, dans le cadre d'une stratégie plus large visant à renforcer l'intégration entre la fabrication, la connectivité, la capacité informatique et l'automatisation.

L’objectif fixé pour 2030 est ambitieux : construire 50 000 réseaux 5G industriels privés et porter la valeur ajoutée du secteur de base de l'Internet industriel à plus de 2 500 milliards de yuansenviron 370 milliards de dollars. Fin 2025, la valeur avait atteint 1 670 milliards de yuans, alors que le pays dispose déjà d’une très large base d’infrastructures mobiles appliquées à la production.

Surtout, le programme ouvre une nouvelle phase en termes d’architecture réseau. L'objectif est de donner aux entreprises davantage de possibilités de construire des infrastructures spécifiquement conçues pour les environnements industriels, plutôt que de simplement utiliser les services des réseaux mobiles publics. Cependant, une question réglementaire encore à éclaircir pèse sur cette voie : les manières dont les entreprises pourront accéder aux ressources radio nécessaires pour gérer des systèmes véritablement autonomes.

Du découpage de réseau aux réseaux construits en usine

Selon les indications publiées par le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information, le programme pilote vise à dépasser le modèle précédent basé principalement sur le découpage du réseau, c'est-à-dire sur la création de portions virtuelles et isolées du réseau public des opérateurs.

La nouvelle approche prévoit plutôt des infrastructures privées dédiées, pilotées par des entreprises et séparées des réseaux publics de l'État. Les installations peuvent inclure des stations de base radio 5G, des réseaux centraux et du edge computing, configurés en fonction des caractéristiques spécifiques de l'usine ou du processus industriel.

Ces composants devront également s'intégrer aux technologies déjà présentes dans les usines de production, des réseaux optiques industriels à l'Ethernet industriel. La 5G s’inscrit donc dans une architecture d’usine numérique plus large, dans laquelle différents systèmes de communication doivent fonctionner de manière coordonnée.

Pour les entreprises, l'avantage potentiel est la possibilité de configurer le réseau en fonction d'exigences spécifiques. latence, fiabilité, sécurité, disponibilité des services et couverture des environnements de production. Des fonctionnalités particulièrement pertinentes dans des contextes où machines, robots, capteurs et plateformes logicielles doivent communiquer en temps réel.

Le programme identifie comme prioritaires des secteurs tels que les matériaux, la production d'équipements, les biens de consommation, les transports et l'énergie. Il s'agit de secteurs dans lesquels le gouvernement chinois entend encourager une diffusion plus large des nouvelles architectures à travers des formes de soutien public et des projets de démonstration.

L'Internet industriel s'étend à l'ensemble du système de production

L’essor des réseaux privés ne représente qu’un élément d’un plan plus large, publié conjointement par huit départements de l’administration centrale et destiné à approfondir la convergence entre l’économie réelle et l’économie numérique.

D’ici 2030, selon les objectifs fixés par les autorités, Les applications Internet industrielles devront atteindre les 207 sous-catégories industrielles enregistrées dans le pays. L’objectif est de transformer la connectivité avancée en un élément structurel de la production, en étendant son utilisation bien au-delà des grandes usines déjà numérisées.

De plus, la Chine part de niveaux de diffusion élevés. Fin juin, ils étaient déjà distribués environ 80 000 réseaux 5G privés pour les applications industriellestandis que 26 mille projets attribuables au modèle « Internet industriel 5G + » étaient en construction.

Fin 2025, 1 260 usines 5G avaient également été construites. Le nouveau programme entend faire évoluer ce patrimoine, en différenciant les systèmes également en fonction du niveau de maturité technologique et des applications adoptées.

En effet, le plan prévoit la création d'une série d'« usines 5G » divisées en niveaux et caractéristiques, parallèlement au développement de environ cinq plateformes Internet industrielles capables d'être compétitives à l'échelle internationale.

La dimension quantitative s’accompagne donc d’un objectif qualitatif : construire un écosystème dans lequel les réseaux mobiles, les plateformes numériques, les systèmes de production et les applications logicielles pourront être développés selon des standards et des modèles réplicables à l’échelle nationale.

Le spectre, l'étape réglementaire encore à préciser

Le point le plus délicat concerne l'accès aux fréquences. Un précédent programme, lancé début 2025, avait déjà appelé à « la mise en œuvre ordonnée » d'essais privés avec la participation directe des entreprises.

Parmi les objectifs figurait également la possibilité de mettre les ressources spectrales à la disposition de nouveaux sujets ou entreprises intéressés par la gestion directe de leurs infrastructures. Cette indication ne semble toutefois pas avoir été suivie jusqu'à présent d'un changement substantiel dans les méthodes de répartition.

En Chine le spectre reste sous le contrôle du Bureau de régulation radio du ministère de l'Industrie et des Technologies de l'informationqui joue un rôle central dans la gestion des ressources radiophoniques nationales. Le nouveau programme, du moins dans les indications publiées jusqu'à présent, ne précise pas par quel mécanisme les entreprises industrielles pourraient obtenir les fréquences nécessaires.

C’est l’aspect qui distingue le plus clairement le projet actuel des expériences précédentes. Pour créer des réseaux sur site véritablement indépendants, il est nécessaire de définir non seulement l'architecture technologique, mais également le cadre d'autorisation dans lequel les entreprises peuvent utiliser le spectre.

Une possibilité est que les autorités et les opérateurs mobiles soient désormais disposés à ouvrir davantage l'accès aux fréquences aux sites industriels. Cependant, pour l'instant, il n'y a pas suffisamment d'indications pour établir quel modèle sera choisi ni dans quelle mesure les entreprises seront en mesure de gérer de manière indépendante le volet radio..

Sans un nouveau mécanisme d’allocation, certains déploiements pourraient continuer à dépendre des actifs de fréquences des opérateurs publics. Le succès du programme dépendra donc aussi de la capacité à lier les objectifs industriels aux règles qui régissent une ressource stratégique et limitée comme le spectre.

Les transports, l'énergie et la défense entrent au programme

La composition de la salle de contrôle montre à quel point le projet dépasse le périmètre traditionnel des télécommunications. En effet, aux côtés du ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information, participent le ministère des Transports, la Commission de surveillance et d'administration des actifs publics, l'Administration nationale de l'énergie et l'Administration nationale de la science, de la technologie et de l'industrie pour la défense nationale.

L'implication de ces organismes reflète le rôle attribué aux réseaux mobiles dans la modernisation des infrastructures stratégiques. Les transports, la production d'énergie, les grandes entreprises publiques et les activités liées à la défense représentent quelques-uns des domaines dans lesquels une connectivité fiable et une faible latence peuvent avoir le plus grand impact sur l'automatisation des processus..

La présence de l'administration chargée de la science et de la technologie de défense souligne également l'importance que le gouvernement accorde aux communications mobiles avancées, également du point de vue de la sécurité et de l'autonomie technologique.

La 5G industrielle est donc considérée non seulement comme une technologie permettant d'augmenter l'efficacité des usines, mais aussi comme une infrastructure habilitante pour les secteurs considérés comme essentiels sur la voie de la modernisation économique du pays.

La course aux technologies critiques

L'accélération de la 5G privée est étroitement liée aux objectifs économiques et technologiques définis par la Chine dans le nouveau plan quinquennal. Parmi les priorités figurent la réalisation d'un « développement de haute qualité » et la consolidation du leadership national dans les technologies considérées comme décisives pour la compétitivité future.

Parallèlement à la 5G et à son évolution vers la 6G, la stratégie comprend robotique, technologies quantiques, véhicules électriques et intelligence artificielle. L'Internet industriel devient le terrain sur lequel ces innovations peuvent répondre aux processus de production et se traduire par des applications concrètes.

La connectivité constitue l’un des fondements nécessaires pour soutenir ce modèle. Des usines plus automatisées nécessitent une interaction continue entre les machines, les capteurs, les systèmes de contrôle, les applications cloud et l'informatique de pointe.

La possibilité de traiter les données à proximité du lieu de production est particulièrement pertinente dans les processus industriels qui nécessitent des réponses immédiates. C’est pourquoi le plan relie explicitement les réseaux privés 5G à la diffusion de l’informatique de pointe et aux nouvelles infrastructures de réseaux de fabrication.

L'objectif sous-jacent est de créer une plateforme industrielle numérique capable de prendre en charge simultanément l'automatisation, la collecte de données, le contrôle des processus et les applications intelligentesréduire la distance entre l’infrastructure de télécommunications et les systèmes d’exploitation des usines.

Les grands modèles de langage et les agents d'IA entrent dans les processus industriels

La stratégie chinoise s’intéresse également à l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les environnements de production. Le pays développe un système d’évaluation dédié aux grands modèles de langage et aux agents d’IA destinés à des usages industriels.

L'Académie chinoise de l'Internet industriel a déjà réalisé une plateforme de tests automatisés qui a évalué près de 200 grands modèles d'IAdéveloppé à la fois par des entreprises chinoises et des entités internationales.

L'objectif est de créer une base commune d'évaluation des technologies destinées à entrer progressivement dans la gestion des usines, la maintenance, le contrôle qualité, la logistique et l'optimisation des processus.

Dans ce scénario, la 5G joue le rôle d’infrastructure de connexion entre le composant physique de l’usine et les systèmes de traitement. Les applications d’IA peuvent utiliser les données générées en temps réel par les machines et les capteurs, tandis que l’edge computing permet de traiter une partie des informations directement à l’intérieur ou à proximité des usines.

La combinaison de réseaux privés, de capacités de calcul distribuées et d’intelligence artificielle devient ainsi l’une des pierres angulaires de la stratégie chinoise de digitalisation industrielle.

Pour Pékin, l’enjeu des années à venir sera de transformer l’extension déjà réalisée par la 5G industrielle en un avantage compétitif pour l’ensemble du système de production, réunissant connectivité, automatisation, edge computing et IA. L'ouverture effective du spectre aux entreprises dira quelle place le nouveau modèle pourra laisser à la gestion directe des infrastructures.

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