Là dépenses de défense dans la zone euro elle augmente à un rythme qui aurait semblé impensable il y a quelques années, et les chiffres publiés par la Banque centrale européenne le confirment sans ambiguïté. Selon l'analyse signée par le membre du Comité exécutif de la BCE Philip R. Lane, présentée à Dublin le 17 août 2026, l'augmentation des dépenses militaires dans les 21 pays de la zone euro n'est plus un phénomène marginal mais un facteur macroéconomique à suivre avec la même attention réservée à l'inflation et à la dette publique.
Points clés
- Les dépenses de défense dans la zone euro sont en constante augmentation, avec des estimations couvrant la période allant jusqu'en 2026 selon les données d'Eurostat, de la Commission européenne, de l'OTAN et de l'Agence européenne de défense.
- Le cadre fiscal de l'UE accorde un flexibilité supplémentaire de 1,5% du PIB entre 2025 et 2028 pour les pays qui activent la National Escape Clause (NEC).
- Quatorze pays de la zone euro utilisent cette clause, 2021 étant l’année de référence pour la plupart d’entre eux.
- Les effets macroéconomiques dépendent du mode de financement, de la composition des dépenses et de la réponse de la politique monétaire.
L’augmentation des dépenses de défense dans la zone euro
Les données d’Eurostat et de la Commission européenne, croisées avec celles de l’OTAN et de l’Agence européenne de défense, montrent une trajectoire de croissance qui s’étend des estimations 2025 aux projections 2026. Pour certains pays – Irlande, Italie, Chypre, Lettonie, Lituanie et Malte – les données 2026 ne sont pas encore disponibles et sont donc maintenues constantes à la valeur estimée pour 2025. Pour l'Irlande, l'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas, en revanche, la lecture combine les données 2024 avec l'augmentation des investissements de défense enregistrée selon la classification COFOG entre 2024 et 2025.
Dans ce cadre, le cadre fiscal de l'Union européenne joue un rôle décisif : la flexibilité supplémentaire équivalente à 1,5 % du PIB, valable de 2025 à 2028, peut être activée par les États membres qui démontrent une augmentation des dépenses de défense par rapport à une année de référence. Pour la majorité des 14 pays ayant activé la clause de sauvegarde nationale, la référence reste 2021, tandis que la Bulgarie, l'Espagne et la Grèce utilisent 2024.
Effets macroéconomiques : quels changements pour la croissance et l'inflation
Les effets macroéconomiques de l’augmentation des dépenses militaires ne sont ni automatiques ni uniformes. Selon l'analyse de la BCE, tout dépend de la manière dont les dépenses sont financées, de leur composition (consommation, investissements, salaires, transferts) et de la réponse de la politique monétaire et des taux de change. Modélisation d'unexpansion budgétaire progressivela BCE observe des effets positifs à court et moyen terme sur l’activité réelle et l’inflation, mais les résultats varient en fonction de la composition des dépenses, du contenu des importations, de la dynamique du marché du travail et du calendrier de l’impulsion budgétaire.
À long terme, l'impact sur les taux d'intérêt réels dépend de la dynamique de l'endettement, des préférences des ménages pour les actifs sûrs et de la capacité productive générée par les investissements. C’est là que se mesure la véritable soutenabilité de l’opération : des dépenses financées par de la dette qui ne génèrent pas de capacités de production supplémentaires risquent de peser sur les taux réels plus longtemps qu’elles ne pèsent sur l’activité économique aujourd’hui.
Financements mixtes et marchés financiers
La BCE, aux côtés de la Commission européenne et de l’OTAN, souligne qu’aucune source ne peut à elle seule soutenir l’augmentation des dépenses : un mélange de fonds publics, de fonds de l’UE et de capitaux privés est nécessaire dans un cadre plus large d’investissement stratégique européen. Les investissements liés à la défense influencent déjà les conditions financières : les réactions du marché aux annonces budgétaires majeures se reflètent dans les taux réels et les anticipations d’inflation, tandis que les entreprises exposées à la demande de défense affichent des schémas d’emprunt et d’investissement différents des autres.
Vient ensuite le chapitre sur l’emploi et la productivité : l’activité du secteur de la défense modifie la valeur ajoutée régionale, l’emploi et l’innovation, avec des implications potentielles en matière de R&D. Si ces investissements dans la recherche s’alignent sur les objectifs européens de transition verte et numérique, ainsi que sur ceux de sécurité, les dividendes de productivité peuvent s’étendre bien au-delà du secteur militaire.
L’inconnue des multiplicateurs budgétaires
Un point ouvert demeure : la littérature économique citée par la BCE montre une ciseaux larges dans les estimations des multiplicateurs de PIB liés aux dépenses de défense, avec des effets à court terme plus prononcés dans certains modèles et des résultats plus faibles, voire négatifs, dans d'autres, selon le type d'impulsion, le financement choisi et le contexte macroéconomique. L’incertitude reste importante et reflète différentes hypothèses concernant la composition des dépenses, le contenu en importations, les réponses de politique monétaire et les attentes concernant la fiscalité et la dette futures.
FAQ
Quelle flexibilité le cadre budgétaire de l’UE offre-t-il pour les dépenses de défense ?
Le cadre fiscal de l'Union européenne permet une flexibilité supplémentaire équivalente à1,5% du PIB entre 2025 et 2028 aux pays qui activent la clause de sauvegarde nationale.
Quel est l’impact des dépenses de défense sur l’activité macroéconomique dans la zone euro ?
Il peut soutenir l’activité économique et l’inflation à court et moyen terme, mais son effet varie en fonction du financement, de la composition des dépenses, du contenu en importations et des conditions du marché du travail.
Quelles sources financent les investissements de défense dans la zone euro ?
Les investissements sont financés par une combinaison de fonds publics, de fonds européens et de capitaux privés, placés dans un cadre stratégique plus large.
Pourquoi y a-t-il une incertitude quant aux multiplicateurs budgétaires des dépenses militaires ?
L’incertitude découle des changements dans la composition des dépenses, du contenu des importations, des réponses de politique monétaire et des attentes concernant la fiscalité et la dette futures.
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