De la protection des actifs à la protection de l’identité : le nouveau défi de la blockchain

De la protection des actifs à la protection de l’identité : le nouveau défi de la blockchain

En février 2024, une multinationale a perdu environ 25 millions de dollars après que des employés ont participé à une vidéoconférence avec des versions synthétiques des propres dirigeants de l'entreprise. Convaincus par le naturel de la conversation et la présence de visages familiers à l’écran, les participants ont autorisé une série de transferts sans se rendre compte qu’ils interagissaient avec des représentations générées par l’intelligence artificielle.

L’épisode, qui s’est déroulé à Hong Kong, a révélé un changement profond : pour la première fois dans l’histoire d’Internet, voir n’était plus croire.

En avril de cette année, World, une initiative d'identité numérique cofondée par Sam Altman, a élargi ses partenariats avec des plateformes telles que Tinder, Zoom, DocuSign et Okta pour étendre les systèmes de preuve d'humanité – basés en partie sur chaîne de blocs. L’objectif est de permettre aux utilisateurs de prouver qu’ils sont de vraies personnes sans avoir à partager leurs données personnelles à chaque nouvelle interaction.

Les deux événements s’inscrivent dans une même transformation.

🔔 Gagnez des crypto-monnaies pour commencer sur Digitra.com !

🔔 Rejoignez notre groupe WhatsApp et restez informé.

Pendant des décennies, Internet a fonctionné selon un principe implicite : derrière chaque profil, message, e-mail ou appel vidéo, il y avait un être humain. L’intelligence artificielle a remis en question cette hypothèse.

Les modèles génératifs produisent déjà des textes, des images, des vidéos et des voix synthétiques avec un niveau de réalisme capable de contourner les mécanismes traditionnels de vérification d’identité. Les systèmes de reconnaissance faciale, les validations vidéo, l’authentification vocale et les processus d’enregistrement à distance, qui jusqu’à récemment étaient considérés comme des couches de sécurité supplémentaires, sont devenus la cible d’attaques de plus en plus sophistiquées.

Le défi n’est plus seulement d’empêcher les gens d’être trompés. Le défi est d’éviter que les systèmes ne soient trompés.

Les conséquences de cette transformation vont bien au-delà de la désinformation. Des entreprises signalent des cas de candidats utilisant l’intelligence artificielle pour manipuler des entretiens à distance avec des avatars numériques, des voix synthétisées et des réponses générées en temps réel. La même logique s’applique à l’éducation, à la santé et aux services publics, où la nécessité de valider les identités à distance est devenue monnaie courante.

L’intelligence artificielle a inauguré une nouvelle asymétrie : chacun peut voir son image, sa voix et ses comportements reproduits numériquement à un coût de plus en plus bas. Le paradoxe est que, précisément lorsque l’on atteint l’étape la plus sophistiquée de l’authentification numérique, on découvre sa plus grande faiblesse.

Quand le visage devient le mot de passe le plus fragile

Pendant des décennies, l’évolution de la sécurité a suivi une trajectoire apparemment logique. Premièrement, nous avons protégé l’accès avec quelque chose que nous connaissions, comme un mot de passe. Ensuite, nous avons commencé à utiliser quelque chose que nous possédions, comme un smartphone ou un jeton physique. Finalement, nous sommes arrivés à ce qui semblait être l'étape définitive de l'authentification, basée sur quelque chose que nous sommes.

La biométrie promettait de résoudre le problème des mots de passe, car les empreintes digitales, la reconnaissance faciale, les schémas vocaux et le balayage de l'iris étaient considérés comme des identifiants uniques, impossibles à oublier et difficiles à falsifier.

L’intelligence artificielle a transformé cette promesse en paradoxe.

Les mots de passe compromis peuvent être modifiés. Visages, voix et empreintes digitales, non.

À l’ère de l’hyperexposition numérique, pratiquement tout le monde a mis à disposition suffisamment de matières premières pour créer des répliques synthétiques. Photographies sur les réseaux sociaux, vidéos publiées sur internet, interviews, messages audio ou encore images partagées par des tiers peuvent servir à entraîner des systèmes capables de reproduire des voix, des visages et des comportements.

Même ceux qui évitent l’exposition numérique sont exposés au problème, car les photos d’entreprise, les dossiers scolaires, les caméras de sécurité et les systèmes d’accès aux bâtiments augmentent continuellement la quantité d’informations biométriques disponibles.

Des cas documentés de fraude dans les systèmes d’identité numérique démontrent que les mécanismes basés principalement sur la reconnaissance faciale restent sujets à des attaques, notamment lorsqu’ils sont combinés à l’ingénierie sociale, aux fuites de données et aux techniques d’usurpation numérique. Le problème devient encore plus grave car, même après la récupération d'un compte compromis, les mêmes informations biométriques continuent d'être utilisées comme facteur d'authentification, créant ainsi un cycle dans lequel victimes et fraudeurs se disputent le contrôle de la même identité.

La fragilité de la biométrie ne réside pas seulement dans la possibilité de falsification, mais aussi dans l’impossibilité de récupération.

La biométrie est excellente pour identifier les personnes, mais elle est de moins en moins fiable pour les authentifier.

Identité fragmentée en dizaines de copies

Le modèle d’identité numérique actuel repose sur la centralisation des données. Chaque entreprise gère sa propre base d'utilisateurs, effectue des processus de vérification indépendants et stocke des copies des documents, selfiesnuméros de téléphone et données biométriques. Plus nous partageons nos informations souvent, plus la surface d'exposition aux fuites, à la fraude, courrier indésirableattaques hameçonnage et le vol d'identité.

Imaginez le processus d’ouverture d’un compte bancaire. Aujourd'hui, l'utilisateur doit envoyer des documents, fournir un téléphone et un e-mail, prendre un selfie et attendre la validation de l'établissement. Si vous décidez d'ouvrir un compte auprès d'une autre entreprise, de rejoindre un courtier ou de vous inscrire auprès d'un échangevous devrez répéter tout le processus.

Chaque nouvelle validation génère une nouvelle copie de votre identité.

Nous voulons des expériences numériques plus simples, mais chaque couche supplémentaire de commodité nécessite un nouveau transfert de données. Le résultat est un paradoxe dans lequel, pour prouver qui nous sommes, nous sommes obligés de révéler plus d’informations que nécessaire.

C'est dans ce contexte que le chaîne de blocs revient au centre du débat technologique.

Du transfert de valeur à la preuve d’existence

Depuis plus d’une décennie, la technologie est présentée comme une infrastructure permettant de transférer de la valeur sans intermédiaires. La prochaine phase de chaîne de blocsmais peut être beaucoup plus ambitieux : protéger les identités plutôt que les actifs financiers.

La proposition n'est pas de stocker des documents, selfies ou des données biométriques dans les réseaux distribués. La proposition est de réduire le besoin de les partager.

Cette architecture repose sur un ensemble de technologies appelées identité décentralisée. Les identités décentralisées utilisent des identifiants numériques uniques, appelés DID, acronyme de Identifiants décentralisésqui permettent à l'utilisateur de contrôler ses propres informations d'identification sans dépendre d'une seule plateforme.

Les informations d’identification vérifiables fonctionnent comme des certificats numériques signés cryptographiquement par des entités de confiance. Un gouvernement peut certifier la nationalité d'un citoyen, une université peut délivrer un diplôme numérique et une banque peut confirmer qu'un utilisateur donné a complété un processus de vérification d'identité.

D'un point de vue technique, le chaîne de blocs Il ne remplace pas les systèmes d’identification et n’élimine pas la nécessité d’une validation initiale de l’identité. Leur rôle est de résoudre un problème différent : garantir l’intégrité, l’authenticité et la portabilité des informations d’identification numériques.

Dans le modèle décentralisé, la validation de l'identité a lieu une seule fois. Après avoir terminé ce processus, l'utilisateur reçoit un identifiant vérifiable signé cryptographiquement et stocké dans son propre portefeuille numérique.

Chaque fois que nécessaire, ce justificatif peut être présenté sans qu'il soit nécessaire de renvoyer des documents, de partager un nouveau selfie ou fournissez à nouveau votre numéro de téléphone et votre e-mail.

Revenant à l’exemple du compte bancaire, imaginez que vous avez déjà validé une fois votre identité. Lors de l’ouverture d’un compte auprès d’une autre institution, il ne sera pas nécessaire de répéter le processus d’inscription. Tout ce que vous avez à faire est de partager la preuve cryptographique que votre identité a déjà été vérifiée par une entité de confiance.

La banque vérifiera l'authenticité de ce justificatif à chaîne de blocs sans accéder à vos documents, stockez un nouveau selfie ou collecter à nouveau vos données personnelles.

Le même principe peut être appliqué à l’accès aux bâtiments de l’entreprise, à la délivrance de certificats académiques, aux téléconsultations, aux entretiens d’embauche et aux preuves d’âge dans les services numériques, éliminant ainsi le besoin de partager de manière répétée des documents et des données biométriques.

La différence est subtile mais profonde : au lieu de partager des données, nous commençons à partager des preuves.

LE chaîne de blocs fonctionne comme une couche de confiance distribuée en enregistrant les identifiants décentralisés, les clés publiques et les signatures cryptographiques, permettant aux informations d'identification d'être vérifiées par n'importe quel participant du réseau sans recourir à un intermédiaire central.

Prouver sans révéler : la prochaine étape

Un autre élément essentiel de ce modèle sont les preuves de connaissance nulle, connues sous le nom de preuves de connaissance nulleune technique cryptographique qui vous permet de prouver une information sans révéler l'information elle-même. En pratique, une personne pourrait démontrer qu’elle est majeure sans fournir sa date de naissance, prouver sa nationalité sans présenter son passeport ou valider son identité sans partager son nom, son adresse, son numéro de téléphone ou son numéro de document.

Le même principe peut être appliqué à la biométrie. Au lieu de stocker des images faciales, des empreintes digitales ou des cartes de l'iris dans des dizaines de bases de données, il sera possible de créer des informations d'identification biométriques vérifiables et contrôlées par l'utilisateur.

Le principal avantage de ce modèle est que les informations d’identification peuvent être mises à jour, suspendues ou révoquées. Si un identifiant est compromis, l'émetteur peut l'invalider et en émettre un nouveau sans obliger l'utilisateur à modifier ses données biométriques. Cette fonctionnalité représente une rupture importante avec le modèle actuel, dans lequel les visages, les voix et les empreintes digitales fonctionnent comme des clés permanentes et irrécupérables.

Aucune technologie n’élimine la nécessité de valider l’identité à la source. Que faire chaîne de blocs les offres constituent un moyen plus sûr et plus efficace de gérer cette confiance au fil du temps.

Mais l’innovation la plus importante se situe peut-être ailleurs.

Pendant des décennies, nous avons essayé de répondre à la mauvaise question : qui êtes-vous ?

À l’ère de l’intelligence artificielle, la question la plus importante devient : d’où viennent ces informations ?

Ce changement de perspective conduit au développement de normes de provenance numérique, telles que C2PA, une initiative soutenue par des entreprises telles qu'Adobe, Microsoft, Google et OpenAI, dont l'objectif est d'incorporer des métadonnées signées cryptographiquement dans les images, vidéos et audio pour enregistrer quand, où et comment ce contenu a été créé ou modifié.

LE chaîne de blocs peut compléter cette architecture en enregistrant les signatures cryptographiques de ces contenus et les informations d'identification qui leur sont associées, déplaçant ainsi l'attention de l'apparence d'une personne vers l'intégrité mathématique de l'information.

Pendant des décennies, nous avons cru que la biométrie représentait la dernière étape de la sécurité numérique. L’intelligence artificielle a révélé qu’il ne s’agissait que d’une étape intermédiaire.

Le prochain grand combat technologique ne portera pas seulement sur celui qui développera les modèles d’intelligence artificielle les plus avancés, mais aussi sur celui qui contrôlera l’infrastructure capable de distinguer les humains des algorithmes.

Dans ce scénario, le chaîne de blocs peut assumer un rôle très différent de celui imaginé à ses origines. Si, au cours de la dernière décennie, sa mission principale était de protéger les actifs numériques et de permettre le transfert de valeur sans intermédiaires, la prochaine pourrait être de créer des mécanismes de confiance capables de préserver quelque chose d'encore plus fondamental : l'authenticité de l'expérience humaine.

Le défi ne sera pas de stocker plus de données, de collecter plus de données biométriques ou de construire des systèmes de surveillance plus sophistiqués, mais de développer une architecture d'identité qui nous permette de prouver qui nous sommes sans nous obliger à tout révéler sur nous-mêmes.

La plus grande innovation de la prochaine décennie ne sera peut-être pas une intelligence artificielle plus puissante, mais la création d’une infrastructure capable de garantir que ce que nous voyons, entendons et partageons a une origine vérifiable.

Dans un monde où n’importe quelle image peut être générée, n’importe quelle voix peut être clonée et n’importe quel comportement peut être simulé, la ressource la plus rare de l’économie numérique ne sera plus l’information mais deviendra l’authenticité.

Et lorsque l'authenticité deviendra l'atout le plus précieux d'Internet, la technologie la plus importante ne sera pas celle qui protège notre argent, mais celle qui nous permet de prouver qui nous sommes sans avoir à révéler qui nous sommes.



Voir l’article original en portugais

Prime Video sur Amazon.fr
Découvrez un monde infini de divertissement avec Prime Video d’Amazon. Inscrivez-vous dès maintenant pour profiter d’un essai gratuit de 30 jours et plongez dans vos séries et films préférés, où que vous soyez !