
Le gouvernement britannique a lancé un processus de consultation publique sur la taxation des pièces stables, dans le but de recueillir des avis sur leur traitement fiscal et les charges administratives potentielles découlant de la croissance de ce marché. L'initiative reflète la reconnaissance officielle du potentiel de transformation des actifs numériques et de la technologie blockchain pour stimuler la croissance économique et améliorer l'efficacité des marchés financiers britanniques. Dans ce contexte, les pièces stables apparaissent comme un élément clé d’une future réforme du cadre budgétaire.
Le Royaume-Uni et les stablecoins
Le document de consultation fait partie de la stratégie que le Royaume-Uni suit pour se consolider en tant que centre mondial de la technologie financière et des actifs numériques. Contrairement aux crypto-actifs plus volatils, l’Exécutif considère que les stablecoins ont une réelle capacité à s’intégrer aussi bien dans les systèmes de paiement de détail que de gros. Cependant, il identifie une asymétrie entre l’évolution réglementaire, qui évolue vers l’intégration de pièces stables qualifiées et adossées à des actifs, et un régime fiscal qui les traite toujours comme des crypto-actifs généraux, générant des frictions opérationnelles et des charges administratives disproportionnées.
Le Royaume-Uni place les stablecoins parmi ses priorités financières pour 2026
Dans le domaine de la fiscalité des particuliers, les stablecoins ne sont actuellement pas considérés comme de la monnaie ou comme ayant cours légal au Royaume-Uni. Cela implique qu'ils sont imposés sous le régime des plus-values, de sorte que chaque utilisation, qu'il s'agisse d'acquérir des biens, des services ou d'autres actifs numériques, est considérée comme une cession imposable.
Cette approche crée de la complexité car, même s'ils maintiennent la parité avec un actif de référence, leur valeur par rapport à la livre sterling peut fluctuer, obligeant les contribuables à suivre de près leurs coûts. En outre, l'obligation de déclarer les transactions lorsque les prélèvements dépassent 50 000 £, même sans bénéfices nets, est perçue comme un obstacle important à son adoption dans les paiements quotidiens.
Traitement fiscal des pièces stables
Pour les entreprises, le traitement fiscal dépend des caractéristiques spécifiques de chaque stablecoin et de son utilisation. Ceux-ci peuvent relever de différents régimes, tels que les relations de prêt, qu'ils accordent des droits de remboursement, des activités commerciales, des actifs incorporels ou des bénéfices généraux imposables. Cette diversité de traitements implique, dans de nombreux cas, des calculs fiscaux complexes et distincts, ce qui augmente les coûts de mise en conformité.
Face à ce scénario, le Gouvernement propose une série de réformes visant à simplifier le cadre fiscal. Parmi eux, se distingue la possibilité d’accorder à certains stablecoins un statut d’actif exonéré de l’impôt sur les plus-values, notamment lorsqu’ils sont utilisés comme moyen de paiement. Le débat technique porte sur la question de savoir si cette exonération doit être limitée aux titres libellés en livres sterling ou étendue aux devises étrangères, compte tenu du risque d'arbitrage fiscal. Cependant, il est reconnu que la traçabilité inhérente aux stablecoins pourrait justifier un traitement différent par rapport au cash.
Seuils minimaux de déclaration
Une autre proposition pertinente est l'introduction de seuils minimaux de déclaration, afin que les transactions de faible valeur n'aient pas à être déclarées à des fins fiscales. Même si cette mesure n’éliminerait pas complètement les coûts de mise en conformité, elle pourrait faciliter l’utilisation quotidienne de ces actifs. Dans le domaine des entreprises, il est proposé d’assimiler les stablecoins qualifiés à la notion de monnaie ou de dette monétaire, permettant de comptabiliser leurs variations de valeur directement en revenus ou en dépenses, éliminant ainsi la nécessité de calculs séparés des plus-values.
Le processus de réforme se heurte également à des défis techniques. Parmi eux, la nécessité d’aligner la définition fiscale sur la définition réglementaire, en excluant explicitement les pièces stables algorithmiques en raison de leur manque de support tangible. De même, des questions se posent quant au traitement de ces monnaies dans les protocoles financiers décentralisés, tels que les pools de liquidité, où des failles réglementaires pourraient être générées permettant de cacher les bénéfices dans des actifs plus volatils.
Empêcher que la fiscalité ne constitue un frein à l’innovation
Le Gouvernement souligne dans ses conclusions que cette consultation sera essentielle pour définir l'avenir de l'écosystème des paiements au Royaume-Uni à l'horizon 2027. L'objectif est d'éviter que le système fiscal n'agisse comme un frein à l'innovation, tout en préservant la protection des caisses publiques. La réforme vise à une plus grande convergence entre le traitement comptable et fiscal, notamment pour les entreprises, ainsi qu'à réduire les coûts de mise en conformité en introduisant des seuils minimaux. En cas de succès, le nouveau cadre pourrait donner un avantage concurrentiel significatif aux pièces stables réglementées par rapport aux pièces stables non prises en charge ou algorithmiques.
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