
Le dépenses d'investissement entre dans une phase de refroidissement structurel. Après la stabilité de 2025, 2026 marquera une contraction des investissements mondiaux dans les télécommunications, confirmant que la grande impulsion du cycle 5G est désormais derrière nous et que les opérateurs recalibrent leurs priorités. C'est ce qui ressort du dernier Rapport sur les investissements en télécommunications par Groupe Dell'Oroqui photographie un secteur suspendu entre ambitions technologiques de long terme et gestion du capital à court terme de plus en plus prudente.
Selon les estimations du groupe de recherche, les investissements mondiaux en télécommunications sont restés stables en 2025, en termes nominaux, mais devraient chuter de 2% en 2026puis grandit à nouveau lentement avec un taux annuel moyen de 1% jusqu’en 2030. Une trajectoire qui reflète un changement de rythme désormais évident dans les stratégies des opérateurs.
Fin de la phase d'agrandissement
L'échantillon analysé par Dell'Oro Group comprend environ 50 grands prestataires de services, qui représentent 80 % des investissements mondiaux. Dans ce périmètre, le rapport entre les investissements et les revenus des équipements de réseaux est resté globalement stable en 2025. Cependant, la photographie cache des tensions croissantes tout au long de la supply chain.
Les revenus des équipementiers ont en effet augmenté de 4% sur une base annuelleun rythme supérieur à celui des investissements des opérateurs. Une divergence qui, selon Dell'Oro, ne peut s'expliquer qu'en partie par la demande traditionnelle des opérateurs télécoms. Environ la moitié de la croissance des revenus des équipements est imputable aux fournisseurs de cloudde plus en plus centrale dans les achats d’infrastructures de réseaux et de centres de données.
Ce déplacement du centre de gravité modifie l’équilibre historique du secteur. Les opérateurs télécoms continuent d'investir, mais avec une plus grande sélectivité, tandis qu'une part croissante des dépenses d'infrastructure provient d'entités extérieures au périmètre classique des télécommunications.
Optimisme à long terme, prudence à court terme
Le message clé du rapport est la coexistence de deux dynamiques apparemment opposées. D'une part, les opérateurs ne remettent pas en cause la vision à long terme des réseaux. En revanche, ils réduisent leur exposition à court terme, dans un contexte de rendements économiques sous pression.
« Nous observons une dynamique intéressante entre optimisme à long terme et visibilité à court terme», a-t-il expliqué Stefan Pongratzvice-président du groupe Dell'Oro. « Les opérateurs restent confiants dans la vision du réseau, d’autant plus que l’IA crée de nouvelles sources de demande. Cependant, à court terme, ils adoptent une approche plus prudente, nombre d’entre eux prévoyant de modérer leurs dépenses d’investissement.».
L’IA apparaît donc comme un facteur favorable, mais pas suffisant pour soutenir à elle seule une nouvelle phase expansionniste des investissements dans les télécommunications. Il agit plutôt comme un catalyseur sélectif, dirigeant les ressources vers des domaines spécifiques.
Baisse de l’intensité capitalistique
Les prévisions de Dell'Oro indiquent que, face à une croissance modérée des revenus des opérateurs, estimée à environ 2% en moyenne par anLe rapport entre les investissements et les revenus devrait se rapprocher de 14% d'ici 2029. Un niveau cohérent avec une phase de maturité du marché.
Les données sur sans fil à intensité capitalistiqueattendre11% en 2029en baisse de sept points de pourcentage par rapport au sommet des débuts de la 5G. Le cycle des investissements extraordinaires dans les réseaux mobiles se termine, laissant place à une logique d’optimisation et de monétisation des actifs existants.
Cela ne signifie pas l’arrêt des investissements, mais leur repositionnement. Les priorités passent de l'extension de la couverture à la qualité de service, du matériel aux logiciels, de l'accès à la gestion intelligente des réseaux.
Le nœud européen dans le cadre mondial
Le ralentissement de dépenses d'investissement prend un sens particulier si on le lit à la lumière de la situation européenne. Comme l'a récemment souligné ConnectEuropele continent conjugue des réseaux de plus en plus indispensables à l’économie numérique avec une capacité d’investissement structurellement plus faible que d’autres régions du monde.
En Europe, la pression réglementaire, la fragmentation du marché et la stagnation des revenus rendent plus difficile le maintien de niveaux élevés d’investissements dans le temps. Le résultat est un désalignement progressif entre les objectifs politiques, tels que ceux sur la 5G et la fibre optique, et la durabilité économique des opérateurs.
Le tableau dressé par Dell'Oro renforce cette lecture. Dans un contexte mondial d’investissements prudents, les zones les moins capables de générer des rendements adéquats risquent d’être pénalisées, même si les besoins en connectivité avancée augmentent.
De nouveaux équilibres entre réseaux et plateformes
Un autre élément clé du rapport concerne la rôle croissant des grands acteurs du cloud. Le fait qu’ils aient contribué de manière décisive à la croissance des revenus d’équipements marque un changement profond. Les réseaux ne sont plus simplement des infrastructures pour les services de télécommunications, mais des composants d'écosystèmes numériques plus larges, dominés par le cloud, l'IA et les plateformes.
Pour les opérateurs, cela signifie repenser leur positionnement. Il ne suffit plus d’investir dans la capacité. Nous devons renforcer le réseau en tant qu'actif stratégique, en l'intégrant à des services à plus forte valeur ajoutée et à des modèles commerciaux plus flexibles.
Une transition pour gouverner
Le message venant du groupe Dell'Oro est clair. Le dépenses d'investissement il ne s’effondre pas, mais entre dans une phase de normalisation. La saison des investissements massifs est terminée, tandis qu’une phase plus complexe commence, faite de choix sélectifs, de rendements attendus et de nouvelles compétences.
Dans ce contexte, le véritable défi n’est pas de savoir combien investir, mais où et comment investir. Les logiciels d’IA, de cloud et de réseau offrent de nouvelles opportunités, mais nécessitent des modèles industriels et réglementaires cohérents. Sans cet alignement, le risque est que la prudence d'aujourd'hui se traduise demain par un écart concurrentiel.
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