C'est la proposition de tokenisation des finances européennes

C'est la proposition de tokenisation des finances européennes

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, propose le développement d’une infrastructure de tokenisation pour révolutionner la finance en Europe. La proposition de Villeroy intervient dans un contexte où la vieille Europe est confrontée à l’urgente nécessité de moderniser son infrastructure financière. Dans un monde où la digitalisation et l’innovation technologique ont pris le dessus sur l’économie, faire face à la transformation rapide du secteur financier est devenu une nécessité urgente.

L'initiative de Villeroy, en plus d'intégrer la technologie blockchain dans les processus financiers, est étroitement liée à la création d'une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) et à l'établissement d'un cadre réglementaire pour les crypto-monnaies et les jetons publics.

La tokenisation en Europe

Dans un discours prononcé à Bruxelles, Villeroy de Galhau a souligné le besoin croissant d’infrastructures financières qui pourrait combler le « trou mystérieux » qui existe dans le secteur financier européen. Villeroy fait référence au manque de dynamisme et de compétitivité de l’économie européenne par rapport à d’autres économies avancées, comme les États-Unis. Pour relever ces défis, Villeroy suggère le développement d’un « registre européen unifié » qui servirait de plate-forme pour la tokenisation des actifs financiers.

Fondamentalement, Villeroy souhaite promouvoir le développement d’une blockchain et d’une plateforme de tokenisation unifiée pour toute l’Europe. L’objectif est clair : exploiter le potentiel de cette technologie, encourager l’innovation économique et financière dans la zone euro et, en même temps, résoudre de nombreux problèmes et faiblesses du système financier européen actuel.

La tokenisation sera essentielle pour les marchés financiers européens

Éléments clés pour la transformation

La proposition de Galhau vise à renverser à 180 degrés la situation européenne actuelle, où, bien que de nombreux États soient intéressés par les CBDC ou la tokenisation, les progrès restent timides et de portée limitée.

Pour y parvenir, l'infrastructure de tokenisation proposée par Villeroy est basée sur la technologie du registre distribué (DLT) et se caractérise par les éléments suivants :

  1. La génération d’une CBDC de gros : La création d’une monnaie numérique de banque centrale pour faciliter des transactions plus rapides et plus sécurisées entre les institutions financières.
  2. Monnaie bancaire commerciale tokenisée : Des représentations numériques de la monnaie bancaire traditionnelle qui permettraient une plus grande efficacité dans les transactions.
  3. Instruments financiers tokenisés : La possibilité d’émettre des actions, des obligations et d’autres actifs financiers sous forme de jetons, ce qui augmenterait la liquidité et réduirait les coûts de transaction.
  4. Jetons réguliers et crypto-monnaies : L’infrastructure permettrait également la création de jetons publics et de crypto-monnaies conformes à la réglementation européenne, offrant un cadre réglementaire clair et sécurisé pour leur utilisation.

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De cette manière, l'économie et les finances européennes pourraient se rapprocher beaucoup plus naturellement des options de tokenisation qui existent dans d'autres domaines tels que le secteur des crypto-monnaies (par exemple Ethereum ou Bitcoin). Cela réduirait à son tour les frictions entre ces éléments et ouvrirait la voie à la création d'instruments correctement réglementés qui auraient une place naturelle au sein de la nouvelle infrastructure de tokenisation européenne.

Le rôle des CBDC européennes

Il est clair ici que l'élément principal de la vision de Villeroy de Galhau est la CBDC européenne, car elle jouerait un rôle crucial dans l'infrastructure de tokenisation. D'abord, parce que l'intégration de la CBDC dans le registre unifié faciliterait les transactions et améliorerait l'efficacité du système financier. Ensuite, parce que la CBDC pourrait être utilisée comme moyen de règlement pour les transactions d'actifs tokenisés, ce qui réduirait le risque de contrepartie et les délais de règlement.

Enfin, l’existence d’une CBDC pourrait également contribuer à atténuer les risques associés à l’utilisation de cryptomonnaies non réglementées, en offrant aux consommateurs et aux institutions financières une option sûre et fiable. Cela est particulièrement pertinent à un moment où la confiance dans les cryptomonnaies est remise en question en raison de la volatilité et du manque de réglementation dans de nombreux cas.

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Un coup de pouce pour l’économie européenne ?

Cela pourrait-il stimuler l’économie européenne et combler le « trou mystérieux » dont parle Villeroy de Galhau ? La réalité est que la mise en œuvre d’une infrastructure de tokenisation en Europe pourrait avoir un impact économique très positif. Les avantages potentiels incluent :

  1. Compétitivité accrue : En modernisant son système financier, l’Europe pourrait rattraper son retard sur les autres économies avancées et attirer les investissements étrangers.
  2. Mobiliser les investissements : La tokenisation des actifs pourrait faciliter l’accès au financement pour les entreprises innovantes, notamment dans des secteurs tels que les technologies vertes et numériques.
  3. Inclusion financière : L’infrastructure de tokenisation pourrait améliorer l’accès aux services financiers pour les particuliers et les entreprises actuellement exclus du système bancaire traditionnel.
  4. Stimulation de l’innovation : La création d’un cadre réglementaire clair pour les cryptomonnaies et les jetons pourrait favoriser l’innovation dans le secteur fintech, permettant le développement de nouvelles solutions et de nouveaux modèles commerciaux.

Il convient d’apporter quelques précisions. Tout d’abord, l’Europe a un énorme problème de mobilisation et d’attraction des investissements, par rapport à des régions comme les États-Unis, l’Asie et l’Amérique latine. C’est un problème que la tokenisation peut contribuer à résoudre, même si elle n’est pas une solution miracle. Fondamentalement, la tokenisation permet de « faciliter » la mobilisation des investissements, mais si la réglementation n’est pas adaptée à la technologie, l’impact final pourrait être minime.

Un problème sérieux

De quel problème s’agit-il réellement ? L’Europe, avec une population de près de 450 millions d’habitants, a un PIB de 14,1 billions de dollars, tandis que les États-Unis, avec une population d’un peu plus de 350 millions d’habitants, ont un PIB de 25,3 billions de dollars.

Le problème est encore plus grave lorsqu’il s’agit d’actifs financiers, où la différence entre les deux régions est presque de cinq fois supérieure, ce qui laisse l’Europe avec un fort retard économique et financier. Une situation qui est étrangère à la réalité de la région, qui dispose de ressources naturelles et humaines suffisantes pour réduire considérablement l’écart, voire même dépasser les États-Unis.

Il s’agit d’un problème multifactoriel, où la réglementation a un impact significatif. Par conséquent, la proposition de tokenisation de Galhau n’a de sens que si cette infrastructure est accompagnée d’une réglementation qui encourage son utilisation et facilite son intégration. Sinon, tout ce qui sera fait sera comme labourer la mer.

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Blockstream et la Banque Cantonale de Zurich (ZKB) s'intéressent à la tokenisation en Europe

Il existe actuellement des projets concrets qui explorent déjà les possibilités de la tokenisation en Europe. Deux exemples marquants à cet égard peuvent être observés avec Flux de blocs et Banque Cantonale de Zurich (ZKB).

Blockstream, une société leader dans le domaine des infrastructures Bitcoin, a récemment lancé sa troisième série de jetons de minage Bitcoin, connue sous le nom de BMN2. Ces jetons permettent aux investisseurs européens (sous réglementation européenne) de s'exposer à la capacité de minage Bitcoin grâce à un modèle de tokenisation réglementé. En ce sens, l'intégration de l'infrastructure de tokenisation européenne faciliterait l'émission et la négociation de ces jetons, élargissant l'accès à l'investissement dans le minage Bitcoin et diversifiant les opportunités d'investissement pour les Européens.

La Banque Cantonale de Zurich, considérée comme l’une des banques les plus sûres au monde, a récemment lancé un service de cryptomonnaies pour ses clients particuliers et les banques tierces. La ZKB a développé sa propre solution de conservation de cryptomonnaies, démontrant ainsi comment les institutions financières traditionnelles peuvent s’adapter et tirer profit de la tokenisation. En offrant à ses clients la possibilité d’échanger des actifs numériques tels que Bitcoin et Ethereum via sa plateforme bancaire, la ZKB se positionne comme un leader dans l’adoption des technologies d’actifs numériques en Europe.

Une nouvelle opportunité pour l’Europe

La proposition de Villeroy pour une infrastructure de tokenisation en Europe représente une opportunité unique de transformer le système financier du continent. En intégrant la tokenisation, la CBDC et un cadre réglementaire clair pour les cryptomonnaies, l'Europe peut se positionner comme un leader de l'économie numérique mondiale.

Des projets tels que Blockstream et la Banque cantonale de Zurich sont des exemples concrets de la manière dont la tokenisation peut profiter aux institutions financières et aux investisseurs. La clé du succès réside dans la collaboration entre les gouvernements, les institutions financières et le secteur technologique pour créer un écosystème propice à l’innovation et à la croissance économique durable dans toute l’Europe.

José MaldonadoJosé Maldonado
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