USA-Chine, le défi numérique passe par les réseaux

USA-Chine, le défi numérique passe par les réseaux

La visite du président américain Donald Trump à Pékin, qui a culminé avec des entretiens avec Xi Jinping au Grand Palais du Peuple, ne concerne pas uniquement les relations entre Washington et Pékin. Cela affecte également directement l’Europe. Car la comparaison entre les deux plus grandes économies mondiales implique de plus en plus de technologies stratégiques, de chaînes industrielles, de données, de réseaux et d’infrastructures numériques.

Xi et Trump, le dialogue n’archive pas la concurrence

Pékin parle de « stabilité stratégique constructive », une formule qui appartient au lexique de la diplomatie et sert à maintenir ouverte la voie politique. Mais ce serait une erreur de la prendre pour une véritable détente. Les États-Unis et la Chine ne recherchent pas une synthèse sur les technologies génériques. Au contraire, ils essaient de rendre une concurrence qui est là pour rester plus gérable.

Le sol est le plus sensible. Intelligence artificielle, semi-conducteurs, cloud, systèmes d'exploitation, batteries, réseaux, matières premières critiques. Tout dossier technologique devient également un dossier industriel et de sécurité. Pour l’Europe, le jeu est loin d’être loin. Et pour l'Italie, c'est encore moins le cas, compte tenu du poids que les réseaux, les centres de données, l'industrie connectée et les services numériques ont désormais sur la capacité de production du pays.

Cook, Huang et Musk à la remorque, le message aux entreprises

La présence de personnalités comme Tim Cook, Jensen Huang et Elon Musk à la suite de Trump illustre bien la portée du sommet. Il n’est plus possible de séparer la diplomatie, l’industrie et la technologie. Les grands groupes américains font partie de la relation avec la Chine, mais aussi de son enjeu le plus difficile. Ils produisent, vendent, investissent, dépendent des chaînes d’approvisionnement mondiales et évoluent en même temps dans un cadre politique de plus en plus contraignant.

Le sommet ne doit pas être considéré comme un tournant. Les ouvertures, lorsqu'elles arrivent, restent sélectives. Washington peut accorder des marges sur certains dossiers, Pékin peut assouplir certaines mesures, mais les deux capitales continuent de penser en termes de contrôle. Nous collaborons là où cela nous convient, nous nous limitons là où le risque est jugé excessif, nous négocions lorsqu'une dépendance peut se transformer en levier politique.

Cette logique concerne étroitement les TIC et les télécommunications européennes. Car les réseaux, les puces, le cloud et les plateformes ne sont plus de simples composants de marché. Ce sont des éléments d’autonomie stratégique.

Chips et terres rares, les supply chains comme levier politique

Sur les semi-conducteurs, les États-Unis ont choisi une ligne plus souple que par le passé, avec des licences évaluées au cas par cas pour certaines puces avancées destinées à la Chine. Cela ne signifie pas réellement rouvrir le marché. Cela signifie décider politiquement du degré d’accès à accorder à la capacité de calcul, en particulier lorsque cette capacité alimente l’intelligence artificielle.

La Chine, en revanche, continue de contrôler des éléments essentiels des chaînes d’approvisionnement. Les terres rares et les aimants permanents constituent désormais un levier industriel et de négociation. Leur impact ne se limite pas aux voitures électriques ou à la défense. Il atteint les datacenters, l’aérospatiale, les réseaux, les objets connectés, tout ce qui nécessite de l’énergie, des capteurs, du calcul et une continuité d’alimentation.

C’est là que la concurrence technologique montre sa nature la plus concrète. Nous ne nous battons pas seulement à propos de brevets ou de normes. Il y a une lutte pour la disponibilité des matériaux, la capacité de production, les délais de livraison, les licences, les autorisations et les restrictions à l'exportation.

Tlc, réseaux d'infrastructures électriques

Pour les télécommunications, la transition est encore plus délicate. Les réseaux ne sont plus des infrastructures neutres. Ils transportent des données, soutiennent les services publics, permettent la santé, l'industrie, l'énergie, la mobilité et la sécurité. Des fonctions de plus en plus décisives de la vie économique et institutionnelle se déroulent au sein des réseaux.

La 5G d’abord, puis la 6G ne peuvent pas être traitées comme de simples mises à jour technologiques. Équipements, logiciels, mises à jour, puces radio, nuages ​​de réseaux, câbles sous-marins et systèmes de cybersécurité constituent une infrastructure dont dépend une partie de la capacité décisionnelle d'un pays.

C’est pourquoi la confrontation entre Washington et Pékin remet directement en question l’Europe. Considérer cela comme une comparaison entre d’autres serait myope, car chaque choix américain ou chinois en matière de contrôle des exportations, de normes, de sécurité des réseaux, de cloud ou de matières premières finit par produire des effets sur le marché européen également.

En Europe, la réglementation seule ne peut résister à l’impact

Bruxelles a déjà ouvert de nombreux dossiers. Sécurité 5G, renforcement des réseaux, loi sur les réseaux numériques, réduction de la dépendance vis-à-vis de fournisseurs considérés à haut risque. Le paquet donne une orientation claire, mais le défi à relever est de transformer cette orientation en politique industrielle.

L’Europe a construit une partie importante de son identité numérique sur la réglementation. C’était nécessaire et dans de nombreux cas utile. Mais dans la phase qui s’ouvre, la régulation ne peut pas être le seul outil. Les opérateurs demandent à juste titre des marges pour investir, le marché doit trouver plus d'ampleur et les procédures d'autorisation doivent devenir compatibles avec le rythme de l'innovation. Sinon, l’autonomie reste un principe et non une boussole qui guide l’industrie.

La concurrence entre les États-Unis et la Chine montre que ceux qui contrôlent les technologies et les chaînes d’approvisionnement peuvent négocier dans une position différente. Ceux qui dépendent trop des choix des autres finissent par s’adapter.

La souveraineté numérique passe aussi par des réseaux et des compétences

L'Italie a un intérêt direct dans ce match. C’est un pays manufacturier et exportateur constitué de chaînes d’approvisionnement qui numérisent les processus, les produits et les services. Sans réseaux performants, sécurisés et généralisés, l’intelligence artificielle reste cantonnée à quelques domaines. L’industrie 4.0 perd de sa force, l’administration publique a du mal à évoluer, la santé numérique ne devient pas un système.

La souveraineté numérique naît non seulement dans les stratégies politiques européennes mais passe aussi par la fibre, les antennes, le cloud périphérique, les centres de données, les compétences techniques, la cybersécurité, les marchés publics et l'attraction de capitaux. Cela découle d'une politique qui considère les télécommunications comme la base sur laquelle construire la productivité et la croissance.

Les leçons de Pékin pour l’Europe

La visite de Trump à Xi laisse à l'Europe une leçon à retenir : il ne s'agit pas de choisir entre les technologies chinoises ou américaines mais d'éviter que les technologies, les normes, les plateformes et les infrastructures soient toujours décidées ailleurs.

La coopération reste donc indispensable car il est puéril de penser qu’il existe des espaces économiques capables de contrôler l’ensemble de la supply chain numérique qui possède à elle seule une dimension mondiale. Mais nous devons coopérer avec une vision, avec une capacité industrielle autonome, sans accepter les délais, les conditions et les contraintes définis par d’autres.

Les États-Unis et la Chine utilisent la technologie comme levier de négociation permanent. Puces, réseaux, cloud, données, matières premières et intelligence artificielle entrent dans la même grammaire de la sécurité. L'Europe doit décider si elle doit rester spectatrice de ce match ou se doter des outils nécessaires pour avoir un impact.

Pour ce faire, il faut des investissements, une échelle, une politique industrielle, des délais d’autorisation plus cohérents avec l’urgence des infrastructures et une vision moins fragmentée. Les télécommunications ne sont pas un secteur où il faut exploiter toutes les marges. Ils sont une des conditions de la prochaine croissance. Et ceux qui comprennent ce retard risquent de se retrouver à courir après des décisions déjà prises ailleurs.

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