
MiCA devient pleinement opérationnel : ce qui change réellement pour le marché des cryptomonnaies
Commentaire de Jérémy Le Bescont, Responsable éditorial de CoinShares
1 juillet 2026 – L’Union européenne devient la première grande économie au monde à adopter un cadre réglementaire organique pour les crypto-actifs. Il s’agit d’un changement important dont l’impact dépasse les frontières de l’UE et représente surtout le début d’une nouvelle phase d’évolution du marché. A compter d'aujourd'hui, 1er juillet 2026, la période transitoire prévue par le règlement est terminée Mica (Marchés des Crypto-Actifs). A partir de cette date, tout opérateur proposant des services liés aux crypto-actifs à des clients dans l’Union européenne sans l’autorisation nécessaire opère en dehors du cadre réglementaire actuel.
Il s’agit d’une étape apparemment technique, mais destinée à marquer un tournant : l’Europe dispose aujourd’hui du premier régime réglementaire complet dédié aux crypto-actifs, valable dans l’ensemble des 27 États membres et introduit avant toute autre juridiction majeure. Après plus d’une décennie au cours de laquelle l’industrie a connu une croissance plus rapide que les règles qui la régissaient, la réglementation a finalement comblé l’écart. Il est cependant important de comprendre précisément l’importance de cette innovation. MiCA introduit des changements importants, mais laisse toujours de côté une partie importante de l'écosystème et ne représente que la première version d'un framework destiné à évoluer au fil du temps.
Qu'est-ce que MiCA
MiCA est le règlement européen qui réglemente à la fois l'émission de certaines catégories de tokens et la fourniture de services sur les crypto-actifs, notamment la conservation, le trading, le conseil et la gestion. L'entrée en vigueur s'est déroulée en plusieurs phases : les dispositions relatives aux stablecoins sont devenues applicables mi-2024, celles relatives aux prestataires de services crypto à la fin de la même année, suivies d'une période transitoire s'achevant le 1er juillet 2026. L'élément le plus innovant est représenté par le principe de Passeport européen: une autorisation délivrée par l'autorité compétente d'un Etat membre vous permet d'opérer dans tous les pays de l'Union au travers d'une licence unique.
Quels changements
L’innovation la plus importante concerne la légitimation du secteur : MiCA remplace la mosaïque de réglementations nationales et d’approches réglementaires hétérogènes par un ensemble uniforme de règles régissant la gouvernance, les exigences de capital, la conservation des actifs, la gestion des conflits d’intérêts, la transparence de l’information et la prévention des abus de marché. Pour de nombreux investisseurs institutionnels, restés jusqu’ici prudents justement en raison de l’incertitude réglementaire, le contexte de référence change donc : les services sur crypto-actifs entrent officiellement dans un périmètre réglementaire reconnu et homogène.
Un deuxième élément clé concerne le marché unique européen. Grâce au système de passeport, un opérateur agréé dans un État membre peut offrir des services dans toute l'Union, réduisant ainsi considérablement les coûts d'expansion et favorisant les opérateurs qui choisissent d'investir dans la conformité.
La protection des investisseurs franchit également une étape décisive. Des exigences de transparence, la séparation des actifs des clients par rapport aux actifs de l'intermédiaire et des règles de conduite spécifiques qui n'existaient pas jusqu'à présent sous une forme harmonisée au niveau européen deviennent obligatoires.
Une attention particulière est également portée aux stablecoins. Bien que MiCA fasse une distinction formelle entre jeton référencé par l'actif et jetons de monnaie électroniqueces deux catégories sont désormais soumises à des exigences strictes en matière de réserves, de droit au remboursement et de gouvernance. Le règlement limite également la capacité des opérateurs non européens à proposer des services aux clients européens. En effet, les entreprises basées hors Union ne peuvent opérer que lorsque le client se tourne spontanément vers l'opérateur (« sollicitation inversée »), exception que l'ESMA interprète de manière particulièrement restrictive et qui exclut dans la plupart des cas les activités de marketing ou de promotion commerciale.
Parallèlement, la surveillance anti-blanchiment est également renforcée, la nouvelle autorité européenne AMLA devant superviser directement les principaux opérateurs de crypto actifs au niveau transfrontalier.
Ce qui reste inchangé
La MiCA régule le fonctionnement des opérateurs, elle n'élimine pas les risques de marché. La réglementation ne réduit pas la volatilité des cryptomonnaies et la possession d’une licence ne représente en aucun cas une garantie sur la performance d’un investissement. Être agréé signifie qu’un intermédiaire respecte certaines exigences d’organisation et de contrôle, et non que les crypto-actifs sur lesquels il opère soient sans risque. Il s'agit d'une distinction cruciale, en particulier sur un marché où le terme « réglementé » est parfois interprété à tort comme synonyme de « sûr ». De plus, MiCA ne couvre pas l’ensemble de l’écosystème numérique. Les instruments déjà classés comme instruments financiers continuent de relever de la réglementation de MiFID II, comme c'est le cas pour la majorité des Exchange Traded Products (ETP) sur les cryptomonnaies. Par ailleurs, les protocoles véritablement décentralisés sont largement exclus, pour lesquels il n'existe toujours pas de définition réglementaire commune, tout comme la majorité des NFT, à l'exception de ceux fractionnés ou assimilés à des instruments financiers, et des monnaies numériques émises par les banques centrales (CBDC). Enfin, le règlement n'élimine pas immédiatement toutes les différences entre les autorités nationales qui, pendant la période de transition, ont appliqué le nouveau cadre avec des délais et des niveaux de contrôle différents. Le contexte international reste également fragmenté : les États-Unis sont encore en train de définir leur architecture réglementaire et les opérateurs mondiaux continueront donc à faire face à des règles différentes dans les principales juridictions.
L’Europe ne coïncide pas avec l’Union européenne
L'impact de MiCA dépasse les frontières de l'Union. Le Royaume-Uni et la Suisse continuent d'appliquer leurs régimes nationaux respectifs, sous la surveillance de la FCA et de la FINMA. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils puissent ignorer le nouveau cadre européen. Les opérateurs britanniques et suisses souhaitant offrir des services aux clients de l'UE doivent se conformer aux dispositions de la MiCA chaque fois qu'ils opèrent via une succursale européenne ou qu'ils promeuvent activement leurs services sur le marché de l'UE. Il existe également un effet plus subtil mais tout aussi pertinent. Alors que MiCA est en passe de devenir la principale référence européenne, les investisseurs institutionnels, les contreparties et les allocateurs considéreront de plus en plus le respect de la réglementation comme une norme de marché. Pour les opérateurs internationaux, démontrer qu’ils respectent déjà les exigences représente donc un élément de crédibilité important.
Prochains développements
MiCA ne représente pas le point d’arrivée de la réglementation européenne, mais seulement son premier chapitre. La Commission européenne a déjà entamé une révision du règlement qui couvrira certains des sujets laissés ouverts dans la première version, notamment les pièces stables, la finance décentralisée (DeFi), le jalonnement et la tokenisation des actifs. Le cadre réglementaire continuera donc à s'étoffer et à s'améliorer au rythme de l'évolution du marché. Plus qu'un objectif définitif, le 1er juillet 2026 marque le début d'une nouvelle phase, dans laquelle la capacité des opérateurs à s'adapter aux règles deviendra un facteur concurrentiel de plus en plus pertinent.
Le positionnement de CoinShares
Un environnement réglementaire plus mature tend à récompenser les opérateurs qui ont investi tôt dans la conformité. Gestion des actifs CoinSharesla société française du groupe, a été le premier gestionnaire d'actifs réglementés en Europe continentale à obtenir l'agrément MiCAaccordée par l’AMF en juillet 2025, soit un an avant l’expiration définitive du règlement. Ce positionnement permet à CoinShares de couvrir à la fois les principaux moyens par lesquels les investisseurs accèdent aujourd'hui aux ressources numériques : d'une part les instruments financiers réglementés, tels que les ETP réglementés par MiFID, de l'autre, les services spécifiquement dédiés aux crypto-actifs réglementés par MiCA.
Dans un marché où la réglementation structure le secteur, il devient encore plus important d’aider les investisseurs et les opérateurs à comprendre ce que couvrent réellement les nouvelles règles, quelles activités restent exclues et quels risques continuent de caractériser cette classe d’actifs.
Dans ce contexte, la recherche indépendante, la transparence et la clarté de l’information revêtent une valeur croissante. Dans un marché où la confiance passe de plus en plus par la réglementation, être parmi les premiers à s'adapter et à contribuer à la compréhension du nouveau cadre réglementaire représente un élément distinctif de leadership.
***