
Le réseau de messagerie financière SWIFT a lancé son propre registre basé sur la blockchain, qui servira de base à un programme pilote de dépôts bancaires tokenisés avec la participation de 17 entités de premier plan. L’objectif affiché est d’accélérer les paiements transfrontaliers, l’un des processus les plus lents et les plus coûteux du secteur bancaire traditionnel.
Selon l'annonce officielle de la société, le grand livre est désormais prêt à fonctionner et les entités participantes testeront les transferts avec des dépôts tokenisés sur cette infrastructure partagée.
De la messagerie au règlement
Pendant des décennies, SWIFT a fonctionné comme un système de messagerie reliant plus de 11 000 institutions à travers le monde, mais sans déplacer d’argent lui-même : il transmettait uniquement des instructions. Le saut vers une comptabilité propre dans la blockchain implique quelque chose de différent. Le réseau approche du domaine du règlement, où la valeur est représentée sous forme de jetons et où les transactions peuvent être confirmées presque en temps réel.
Un dépôt tokenisé est, par essence, la représentation numérique d’un dépôt bancaire traditionnel sur une blockchain. Contrairement à un stablecoin émis par une entreprise privée, cet actif reste dans le bilan de la banque et soumis à sa réglementation, réduisant ainsi les frictions pour les institutions qui considèrent encore avec méfiance les crypto-actifs non bancaires.
Pourquoi c'est important pour les paiements internationaux
Les virements entre pays prennent généralement plusieurs jours et passent par plusieurs banques intermédiaires, chacune avec ses propres frais et horaires. La promesse d’un registre partagé est d’éliminer cette chaîne d’intermédiaires et de permettre aux parties de voir et de confirmer les mêmes informations en même temps.
Le mouvement répond également à la pression concurrentielle. Les projets de tokenisation promus par les grandes banques, les initiatives de monnaie numérique des banques centrales et l’avancée des pièces stables menacent de capter une partie des activités qui transitaient historiquement par SWIFT. Avec ce projet pilote, le réseau cherche à maintenir sa position de couche de confiance mondiale plutôt que d'être relégué à des alternatives plus récentes.
Un pilote, pas un déploiement massif
Il est conseillé de mesurer les attentes. Il s’agit d’une phase de test avec un groupe limité de banques, pas d’un service accessible au public ni d’une migration immédiate des flux actuels. Les détails sur les volumes, les devises impliquées et le calendrier d'expansion n'ont pas encore été précisés.
Le signal est néanmoins pertinent pour le secteur. Le fait que l’infrastructure qui soutient une grande partie des opérations bancaires internationales adopte la technologie blockchain pour symboliser les dépôts consolide une tendance qui s’était développée lors de tests isolés : celle des actifs du monde réel transférés vers des registres distribués.
Le résultat de ce projet pilote donnera des indices sur la rapidité avec laquelle les banques traditionnelles sont prêtes à déplacer de la valeur – et pas seulement des messages – via les blockchains.