Câbles sous-marins, Teot : « L’Italie peut ouvrir les nouvelles routes des données »

Câbles sous-marins, Teot : « L’Italie peut ouvrir les nouvelles routes des données »

LE Les câbles sous-marins constituent l’une des infrastructures les plus cruciales et les moins visibles de l’économie numérique. Les communications, les services cloud, les applications d’IA et les échanges entre grandes plateformes voyagent sous les mers et les océans, mais leur poids stratégique apparaît surtout lorsque l’on s’intéresse à la continuité des services et à la capacité de connecter les territoires aux grands hubs internationaux. Diego Teot, responsable OTT, Media & Telco chez Retelit, explique pourquoi le thème ne peut pas être lu uniquement dans une clé technologique.

Ils sont au centre redondance, sécurité des débarcadères, intégration avec les crêtes terrestres et rôle de l'Italie en Méditerranée. Un positionnement qui passe également par la supply chain, de la recherche optique à la production de câbles, jusqu'à l'industrie de la construction nécessaire pour créer et maintenir des connexions de plus en plus critiques.

Les câbles sous-marins transportent plus de 95 % du trafic international de données, mais restent mal connus. Pourquoi les entreprises devraient-elles les considérer comme stratégiques ?

Le premier point est de comprendre de quel trafic on parle. Quand on évoque ce chiffre – que les enquêtes les plus récentes situent désormais à plus de 99 % – cela vient naturellement en pensant aux emails, aux appels téléphoniques et aux applications que nous utilisons quotidiennement. Ils font certes partie de l'enjeu, mais aujourd'hui une part de plus en plus importante concerne le trafic entre machines (M2M), et entre Datacenters (DCI). C’est là que le sujet devient central pour les entreprises, car de nombreuses activités commerciales dépendent de services répartis sur plusieurs environnements et sur des plateformes qui doivent communiquer sans interruption. Ce n’est pas un chiffre abstrait : en 2024, les réseaux de contenus et cloud – Google, Meta, Microsoft, Amazon – représentaient près des trois quarts de la demande internationale de bande passante, avec des pointes à plus de 80 % sur les grandes routes transatlantiques et transpacifiques.

La continuité opérationnelle ne repose plus uniquement sur la connectivité d’un seul emplacement ou la disponibilité d’un centre de données. Cela dépend de l’intégrité de l’ensemble de la chaîne reliant les applications, les données, le cloud, les services de sécurité et les partenaires technologiques. Si une entreprise opère sur les marchés internationaux, utilise des environnements cloud ou gère des processus numériques critiques, elle doit savoir que sous ces services se trouve une infrastructure physique à concevoir avec des critères de capacité, de résilience et de proximité avec les principaux nœuds d'échange.

C'est pourquoi les câbles sous-marins ne sont pas un sujet réservé aux opérateurs. Ils sont un facteur de compétitivité. Plus la dépendance à l’égard des plateformes numériques augmente, plus il devient important de connaître la qualité des connexions qui soutiennent ces plateformes et la disponibilité d’itinéraires alternatifs en cas de pannes, de congestion ou d’événements critiques.

Le cloud, l'IA et les services numériques stimulent la demande de connectivité. Comment la conception du réseau évolue-t-elle et quel rôle joue Retelit ?

La demande n’augmente pas seulement en termes de volume. La façon dont il doit être servi change également. Les flux doivent être plus prévisibles, sécurisés et distribués, avec des latences cohérentes avec les besoins des applications et avec une plus grande capacité de routage sur les différents chemins. Il ne s’agit pas simplement d’amener un câble au sol, mais de s’assurer que cet atterrissage est inséré dans un système plus vaste. Les études de marché donnent une mesure de cette poussée : la demande mondiale de bande passante a triplé entre 2020 et 2024, dépassant 6,4 Pbps, tandis que la disponibilité de l'énergie pour les centres de données est devenue une contrainte, avec des attentes dépassant quatre ans sur certains marchés.

Retelit travaille sur cette intégration. L’intérêt réside dans la connexion des points d’arrivée des systèmes sous-marins aux dorsales nationales, aux échanges Internet, aux centres de données et aux hubs européens. Ces dernières années, des alternatives aux anciens modèles de concentration des lieux de débarquement ont été créées. Auparavant, le trafic avait tendance à se concentrer sur quelques endroits seulement. Il devient aujourd’hui indispensable de multiplier les options, et Gênes est l’un des exemples les plus marquants de cette évolution. Aujourd'hui, sept systèmes arrivent à Gênes – dont les câbles internationaux 2Africa, BlueMed et Medloop – et la diversification s'étend le long de la côte ligure : le backbone intercontinental India Europe Xpress a déjà atterri à Savone, qui sera activé courant 2026 et relie également Marseille. Au total, l'Italie dispose de 32 systèmes sous-marins internationaux, ainsi que de 5 liaisons nationales entre les îles et le continent : un pluralisme de débarquements qui réduit la concentration historique sur quelques pôles.

Infrastructurer le pays signifie donc agir dans deux directions : vers l’extérieur, pour intercepter les flux internationaux, et vers l’intérieur, pour les amener là où se concentre la demande. Les travaux sur le réseau optique et One Net, développés avec des partenaires technologiques comme Nokia et Cisco, s'inscrivent également dans cette logique. Le réseau sous-marin à lui seul ne suffit pas. Une continuité est nécessaire entre la mer, le lieu de débarquement, la dorsale et les pôles numériques.

La résilience est devenue une priorité géopolitique autant qu’économique. Quels sont les principaux défis aujourd’hui ?

Le premier défi est d’éviter une concentration excessive. Si le trafic passe par quelques couloirs ou points d’entrée, l’ensemble du système devient plus exposé. Nous avons besoin de points d’atterrissage distribués, de crêtes terrestres robustes et d’architectures permettant de rediriger les flux lorsqu’un tronçon n’est pas disponible. La redondance, dans ce contexte, est une composante de la qualité du service.

Ensuite, il y a la protection des infrastructures. Les câbles sont des atouts critiques, mais la sécurité ne concerne pas seulement la partie en mer. Il comprend les stations d'atterrissage, les équipements optiques, les réseaux de transport, les centres de données et les procédures opérationnelles. La surveillance, la capacité d'intervention et la coordination entre les opérateurs, les industriels et les institutions deviennent essentielles pour réduire l'impact des accidents ou des actes hostiles.

Enfin, il y a une dimension industrielle. Avoir une infrastructure résiliente signifie également disposer des compétences et des actifs nécessaires pour la construire, la gérer et la réparer. La flotte mondiale de navires câbliers compte une cinquantaine d'unités, et seule une partie assure la maintenance à plein temps : en construire un nouveau prend des années et ne constitue pas une capacité qui peut être créée en cas de besoin. Dans le détail, une vingtaine seulement de ces unités sont dédiées en permanence à la maintenance, l'âge moyen est de 25 ans et – selon l'association du secteur – près de la moitié de la flotte atteindra la fin de sa durée de vie nominale d'ici 2040, tandis qu'un nouveau navire coûte environ 300 millions de dollars. C’est pourquoi sécurité et souveraineté technologique sont des enjeux liés : elles dépendent aussi de la solidité de la supply chain.

Dans les cinq à dix prochaines années, quelles seront les orientations du développement et quel impact auront-elles sur l’Italie ?

Dans les années à venir, ils compteront trois éléments : plus de capacité, plus de routes et une plus grande intégration entre les infrastructures sous-marines et terrestres. Le cloud et l’IA continueront d’alimenter le trafic entre les plateformes et les centres de données, mais la capacité devra être rapprochée de l’endroit où elle est réellement consommée. Le défi sera de construire des architectures moins concentrées et plus adaptées au support d’applications gourmandes en données.

L'Italie part d'une position géographique favorable. Il peut s'agir d'un point d'accès naturel entre l'Europe, la Méditerranée, le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Asie. Mais la géographie doit être transformée en infrastructures, services et capacité opérationnelle. De nouveaux points d'atterrissage, des connexions aux hubs européens et des réseaux nationaux de grande capacité sont les conditions pour rendre ce rôle efficace.

À cela s’ajoute le patrimoine industriel. L'Italie a une tradition importante dans les télécommunications, depuis l'époque de Marconi, et conserve une expertise dans la recherche optique, la production de câbles, les systèmes de transmission et la construction navale. Je pense au rôle d'acteurs comme Nokia, Prysmian et Fincantieri. Valoriser ces compétences, c'est renforcer la capacité du pays à participer à la construction des infrastructures numériques, et non seulement à les utiliser. Ce n'est pas un hasard si l'Italie est décrite comme l'un des pôles centraux de la Méditerranée, avec une approche « systémique » qui coordonne la défense, les institutions et les opérateurs industriels, et avec le Pôle national de la dimension sous-marine de La Spezia dédié à la protection des fonds marins.

Pour les entreprises italiennes, l’impact peut être significatif : des connexions plus fortes, une plus grande proximité avec les flux mondiaux et de meilleures conditions pour développer des services numériques avancés. Pour le pays, cela signifie pouvoir peser davantage dans la géographie internationale des données. L'Italie peut jouer un rôle primordial, à condition que les débarquements s'accompagnent d'une stratégie capable de connecter la Méditerranée, les hubs européens et le tissu productif national.


Voir l’article original en italien

Audible
🎧 Découvrez le plaisir de l’écoute avec Audible d’Amazon ! Cliquez maintenant et obtenez votre premier livre audio GRATUIT. Ne manquez pas cette chance de transformer vos trajets en aventures épiques ! 📚