Energie, Labriola : « Les prix élevés vont aussi peser sur le numérique »

Energie, Labriola : « Les prix élevés vont aussi peser sur le numérique »

Le coût de l'énergie risque de devenir un frein supplémentaire à la compétitivité du système productif et d'avoir également des répercussions directes sur le développement des numérique. C'est le message envoyé par Pietro LabriolaPDG de Tim et conseiller spécial pour le transition numérique De Confindustriaqui s'est exprimé dans une interview en marge de l'Assemblée générale 2026 de la Confindustria Varese, en cours à l'usine Leonardo Aeronautica de Venegono Superiore.

L’impact des coûts énergétiques sur le numérique

Selon Labriola, le numérique est destiné à devenir de plus en plus un élément stratégique pour la compétitivité des entreprises, mais le cadre énergétique représente une question cruciale à aborder.

« Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une situation » dans laquelle « le monde numérique deviendra l'un des facteurs de production clés pour pouvoir être compétitif. Le coût élevé de l'énergie se reflétera également dans toute la question numérique. Si nous n'encourageons pas ces facteurs de production à produire localement – affirme-t-il – nous risquons que tout type d'industrie ait un coût plus élevé ».

La référence est à la nécessité de développer un écosystème numérique plus autonome en Europe, capable de produire de la valeur et de l'innovation sur le territoire, en limitant les effets que l'augmentation des coûts énergétiques peut avoir sur la compétitivité du système industriel.

Le défi européen des hyperscalers

Labriola rappelle également le thème de la compétitivité européenne danséconomie numériquesoulignant le poids croissant des opérateurs mondiaux.

« La plupart des hyperscalers réalisent 40 % de leurs revenus en Europe, mais les entreprises numériques sont toutes de l’autre côté de l’Atlantique. »

Pour le numéro un de Tim, il s'agit d'un enjeu stratégique qui nécessite une vision industrielle à long terme. Il y a un thème « d'une voie compétitive pour l'avenir – souligne-t-il – c'est à cela que nous devons, entre guillemets, nous réveiller ».

Règles et souveraineté dans le monde numérique

Enfin, Labriola met l’accent sur la relation entre réglementation et transformation technologique, en soulignant comment la dimension numérique a progressivement dépassé les frontières nationales traditionnelles.

Ces dernières années, « nous avons tous été habitués à travailler dans un monde physique de frontières et, à l'intérieur de ces frontières, il y a des règles et des lois – explique-t-il. Au fil des années, une dimension s'est créée qui est parallèle à celle du monde physique, qui est celle du monde numérique. Dans ce monde numérique, c'est comme si on avait créé un monde parallèle dans lequel les règles ne répondent plus au pays, elles répondent à ce monde virtuel, vous suivez les règles de celui qui fournit ce service ».

Un phénomène qui, selon Labriola, représente un « paradoxe » et qui touche directement les problématiques de compétitivité et la capacité de l'Europe à construire sa propre voie de développement technologique.

Pour les opérateurs télécoms, le défi énergétique reste ouvert

Les réflexions de Labriola s'inscrivent dans un contexte où le secteur des télécommunications est aux prises avec une pression croissante sur le front énergétique. Selon le dernier KPI Tracker environnemental d'Analysys MasonEn effet, la consommation globale des opérateurs télécoms a globalement augmenté de 9% entre 2021 et 2024 et de 37% par rapport à 2018malgré une nette amélioration de l’efficacité des réseaux.

Le paradoxe souligné par les analystes est que les opérateurs télécoms utilisent de moins en moins d'énergie par unité de trafic transporté, mais le besoin global continue de croître en raison de l'expansion des infrastructures, de la coexistence de nouveaux réseaux et de systèmes existants et de l'augmentation de la demande liée aux centres de données. Entre 2021 et 2024, la consommation d’énergie par pétaoctet de trafic a diminué en moyenne de 44 %, sans toutefois se traduire par une réduction de la consommation totale du secteur.

L’intelligence artificielle au service de l’efficacité

L’étude met cependant en avant quelques expériences vertueuses. Des opérateurs tels que Deutsche Telekom, T-Mobile US, Telefónica et Swisscom ont réussi à contenir ou à réduire la consommation globale grâce au démantèlement des réseaux existants, à la numérisation des processus et à l'utilisation de l'intelligence artificielle dans la gestion des infrastructures. En particulier, T-Mobile US a utilisé des systèmes d'IA pour optimiser le fonctionnement des stations radio de base et ajuster dynamiquement les performances des appareils en fonction des flux de trafic en temps réel.

Selon les analystes, l'intelligence artificielle sera l'un des principaux outils pour améliorer la durabilité du secteur, permettant une gestion plus efficace des charges de travail, de la consommation d'énergie et des ressources d'infrastructure. Une perspective directement liée à l'appel de Labriola sur le rôle de plus en plus central du numérique comme facteur de production stratégique pour la compétitivité industrielle.

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