L'intelligence artificielle dans le service client, mais la confiance freine la croissance en Europe

L'intelligence artificielle dans le service client, mais la confiance freine la croissance en Europe

LE'l’intelligence artificielle entre de plus en plus au cœur des stratégies d’expérience clientmais sa croissance n’évolue pas encore au même rythme que la gouvernance. C’est ce qui ressort du rapport CallMiner « Scaling AI in European CX », réalisé par Vanson Bourne auprès de 200 décideurs seniors en Europe occidentale et centrale, parmi lesquels des responsables de l’expérience client, des centres de contact, de la conformité, des risques, de la sécurité et de la protection des données.

Le tableau qui se dégage est clair en chiffres : 99 % des organisations déclarent être sous pression pour étendre l'utilisation de l'IA dans la gestion client. Les facteurs déterminants sont avant tout l'augmentation des attentes des utilisateurs, citée par 63% des sondés, et les pressions de la concurrence et du marché, citées par 58%.

Le point critique, cependant, est la distance entre vitesse et contrôle. 59 % des entreprises développent rapidement des solutions d'IA dans le service client, mais seulement 39 % estiment que la conformité suit le rythme. Plus significatif encore est le fait que 70 % des organisations reconnaissent que la rapidité d'adoption est souvent prioritaire par rapport aux exigences de conformité.

Une gouvernance encore insuffisamment définie

La photographie européenne montre un écosystème en mouvement, mais toujours en quête d’équilibre. Seules 38 % des organisations déclarent avoir une approche claire et bien définie en matière de gouvernance et de conformité de l’IA. 25 % supplémentaires développent encore leur modèle à mesure que la réglementation évolue.

Le contexte européen rend le chemin plus complexe. Les entreprises sont confrontées à des marchés différents, à des langues différentes, à des obligations strictes en matière de protection des données et à de nouvelles règles en matière d'utilisation responsable des systèmes intelligents. Le rapport rappelle notamment le poids du règlement général sur la protection des données et de la loi européenne sur l’IA, qui suscitent des attentes en matière de transparence, de sécurité, d’explicabilité et de responsabilité.

Sans surprise, 53 % des organisations déclarent avoir du mal à suivre l'évolution des règles et les différentes interprétations sur les marchés européens.tandis que 54 % déclarent que la réglementation crée plus de confusion que de clarté. Le sujet ne concerne pas uniquement les services juridiques ou les équipes de conformité : il touche directement la possibilité d'automatiser les processus, d'introduire des assistants virtuels, de gérer des conversations multilingues et d'accompagner les opérateurs dans les centres de contact.

La confiance, véritable limite à la croissance

Le rapport met en évidence une étape clé : l’évolutivité de l’intelligence artificielle dépend non seulement de la capacité technologique, mais aussi de la confiance des clients, des employés et des fonctions de contrôle.

Selon CallMiner, 72 % des organisations pensent que la confiance des employés accélère l'adoptiontandis que 71 % indiquent que la volonté des clients d'interagir avec des systèmes basés sur l'intelligence artificielle est un facteur décisif. En d’autres termes, l’automatisation ne peut se développer que si elle est perçue comme fiable, compréhensible et gouvernable.

Pour les clients, le principal facteur de confiance est l'exactitude et la cohérence des réponses, indiquées par 70 % de l'échantillon. Viennent ensuite la transparence et l'explicabilité des résultats, à 57 %, et la protection des données personnelles, à 47 %. Pour les salariés, la fiabilité des résultats, la formation, l'accompagnement dans l'utilisation des outils et la possibilité de contester ou de corriger les résultats produits par les systèmes revêtent une importance particulière.

Cet aspect est central notamment dans les secteurs réglementés et les contextes très sensibles. Lorsque l’IA fonctionne sous supervision humaine, 87 % des organisations la considèrent comme plus fiable. La confiance reste élevée même lorsque la technologie soutient les opérateurs dans leurs interactions avec les clients, mais diminue lorsqu'elle agit avec une intervention humaine limitée.

Centre de contact multilingue, un défi pour l'Europe

Le thème de l’expérience client européenne implique également la gestion des langues. Presque toutes les organisations interrogées, soit 96 %, utilisent l'IA dans des environnements multilingues, mais 64% considèrent cette dimension comme un grand défi.

Le problème n’est pas seulement de traduire correctement une réponse. Dans les centres de contact et les services clients, l’IA doit garantir la cohérence, l’exactitude, le ton approprié, le respect des réglementations locales et la capacité à reconnaître les situations sensibles. En fait, 31 % des entreprises déclarent que la cohérence des systèmes intelligents dans différentes langues représente un obstacle à l'établissement de la confiance.

Pour les opérateurs télécoms, les entreprises de médias et les grandes organisations dont la clientèle est répartie dans plusieurs pays, il s’agit d’un point stratégique. L'automatisation peut réduire les temps d'attente, les coûts et les charges opérationnelles, mais risque de générer de nouveaux problèmes critiques si elle n'est pas en mesure de maintenir le même niveau de service et de contrôle sur tous les marchés.

La conformité et l’expérience client ne peuvent pas se dérouler séparément

L’un des éléments les plus pertinents de l’étude concerne la distance de perception entre les équipes expérience client et les fonctions conformité. Les premiers ont tendance à constater de plus grands progrès dans l’adoption et la définition des contrôles ; ces derniers sont plus prudents et plus conscients des risques.

44 % des équipes d'expérience client estiment que l'approche de la gouvernance est bien définie, contre 27 % des fonctions de conformité. De même, 40 % des équipes chargées de l'expérience client déclarent que leur organisation a pleinement mis en œuvre la capacité d'examiner ou d'expliquer les décisions liées aux systèmes intelligents, tandis que parmi les équipes de conformité, ce pourcentage tombe à 24 %.

Cette divergence signale un risque opérationnel : l’IA pourrait pénétrer dans les domaines en contact direct avec les clients avant que toutes les fonctions commerciales n’aient une compréhension commune des contrôles, des limites et des responsabilités. À cause de ça, la gouvernance ne peut se construire en aval de l’innovation, mais doit accompagner dès le départ le choix des cas d’usage et des modèles d’automatisation.

Des partenaires technologiques de plus en plus décisifs

La complexité réglementaire et opérationnelle pousse les entreprises à rechercher un soutien externe. 71 % des organisations déclarent que les fournisseurs et les partenaires technologiques accélèrent l’adoption de l’IA, tandis que 66 % déclarent qu’elles font davantage confiance aux fournisseurs externes qu’aux solutions internes pour garantir la conformité.

Le choix des partenaires n’est cependant plus déterminé uniquement par les capacités d’automatisation. Les priorités indiquées par l'échantillon sont l'expérience en matière de conformité, citée par 47 %, la transparence sur les impacts commerciaux, à 44 %, et les capacités d'intelligence et d'automatisation, à 41 %. Dans les secteurs réglementés, l’expérience dans des environnements complexes compte également, où l’audit, l’explicabilité et la protection des clients vulnérables deviennent des exigences essentielles.

Le rapport souligne également que 40 % des entreprises ont du mal à évaluer les risques de non-conformité entre les outils internes et les solutions tierces. Par conséquent, la relation avec les fournisseurs nécessite des processus d'évaluation plus structurés, capables de mesurer non seulement les performances de la technologie, mais également sa capacité à rendre visibles les escalades, les plaintes, les changements de sentiment et les risques de non-conformité.

Vers une évolutivité responsable

La trajectoire indiquée par CallMiner est claire : l’intelligence artificielle passe de l’expérimentation aux interactions réelles avec les clients. Mais pour créer une valeur durable, celle-ci doit être développée en combinant rapidité, surveillance et contrôle.

Les organisations les plus matures seront celles capables de rassembler expérience client, conformité, risque et opérations autour d’une même base d’informations. La question ne sera pas seulement de savoir où automatiser, mais aussi où l’automatisation améliore réellement le service, où des contrôles plus stricts sont nécessaires et où le jugement humain doit rester central.

Pour le monde des télécommunications, qui gère de gros volumes d’interactions, une assistance multicanal, des réseaux complexes et une clientèle hétérogène, le message est particulièrement pertinent. L'intelligence artificielle peut devenir un facteur d'efficacité et de qualité dans le service client, mais seulement si la transparence, l'explicabilité et la gouvernance deviennent partie intégrante du modèle opérationnel..

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