Espace et défense, le défi de la nouvelle société en commandite

Espace et défense, le défi de la nouvelle société en commandite

LA RÉFORME de la société en commandite entre dans le lexique de la finance italienne au moment le plus délicat : lorsque le pays doit décider s'il doit se limiter à protéger son excellence industrielle ou aussi apprendre à la financer. L’espace, la défense, la cybersécurité, les capteurs, les matériaux avancés, la robotique et les technologies à double usage ne sont plus des niches techniques. Ce sont des infrastructures de souveraineté économique. Des secteurs, ou plus précisément des chaînes d’approvisionnement, sont donc de première importance.

Un véhicule italien de capital-investissement et de capital-risque

Avec le décret législatif 47/2026, la nouvelle société en nom collectif introduit dans la loi de finances consolidée un véhicule fermé sous la forme d'une société en commandite par actions, avec siège et direction générale en Italie, destinée au capital-investissement et au capital-risque. Il s'agit d'une démarche apparemment technique, mais son sens est plus large : offrir au marché italien un outil plus proche de la logique internationale des sociétés en commandite, jusqu'ici souvent recherchées au Luxembourg.

Fonds verticaux, le centre de gravité se déplace

La règle n'efface pas l'avantage concurrentiel de la SCSp luxembourgeoise, bâti sur les pratiques, la rapidité, les prestataires de services et la familiarité avec les investisseurs internationaux. Mais cela déplace le centre de gravité du choix. Pour les fonds verticaux italiens, notamment dans les secteurs réglementés et sensibles, il ne sera plus automatique de regarder hors des frontières. Il sera possible d'évaluer si un véhicule national est plus cohérent avec la stratégie, les investisseurs, la gouvernance et les intérêts industriels.

L'espace, la défense et le double usage entrent dans le dossier stratégique

Ici, la réforme répond au dossier le plus stratégique : les fonds spatial, de défense et du double usage. Dans ces secteurs, la frontière entre civils et militaires est mobile. La même technologie peut servir à l’observation de la Terre, aux communications sécurisées, à la navigation autonome, à la résilience énergétique ou à la sécurité nationale. Le double usage n’est pas une mode lexicale : c’est la forme que prend l’innovation lorsque la technologie, la géopolitique et l’industrie se chevauchent.

La crédibilité industrielle au-delà des rendements financiers

Un fonds dédié à ces secteurs doit donc parler plusieurs langues. Il doit être compréhensible pour les investisseurs, mais également crédible pour les institutions, les organismes publics, les maîtres d'œuvre, les districts technologiques et les autorités appelées à évaluer les profils de sécurité. L'efficacité et le rendement restent essentiels, mais ils ne suffisent pas : la transparence, la compétence et la compatibilité avec la protection des actifs stratégiques sont nécessaires.

Sannini: «Le bilan financier ne suffit pas»

Alexandre SanniniL'investisseur en capital-investissement, membre de la Commission sur l'économie spatiale de Federmanager et co-auteur avec Leonella Gori de « Volare alto. Soutenir la croissance de l'industrie aérospatiale en Italie », publié par Nuova Cultura, considère la réforme comme une opportunité concrète mais sélective. « La nouvelle société en commandite peut accroître l'intérêt même des investisseurs étrangers pour les fonds italiens thématiques et verticaux dans des secteurs critiques et sensibles », déclare-t-il. « Mais ces investissements ne sont pas pour tout le monde. Ceux qui viennent d'un capital-investissement généraliste doivent apprendre les spécificités de ces niches industrielles. Le track record financier ne suffit pas : pour être crédible, il faut démontrer que vous comprenez la technologie, la supply chain, le timing public, les contraintes réglementaires et vous devez avoir une accréditation et un dialogue avec les institutions ».

Dans les secteurs critiques, le capital doit savoir où il entre

Le point est crucial. Le financement des secteurs critiques ne peut pas être une simple extension commerciale de fonds multisectoriels. Cela nécessite une diligence raisonnable technologique, une lecture des cycles d’approvisionnement, une sensibilité au contrôle des exportations et au pouvoir d’or, une capacité à dialoguer avec le système public. Il ne suffit pas de lever des capitaux : il faut savoir d’où ils entrent, quels droits ils acquièrent, quelles informations ils interceptent et quelle trajectoire industrielle ils permettent.

Les PME de l’aérospatiale et de la défense ont besoin de capital patient

Pour les PME de l’aérospatiale et de la défense, souvent excellentes techniquement mais sous-capitalisées par rapport à leurs concurrents mondiaux, le problème n’est pas seulement de trouver de l’argent. Cela signifie trouver des capitaux patients et compétents, capables d'accompagner la croissance dimensionnelle, la managérialisation, les acquisitions de supply chain, les certifications et l'internationalisation. Et trouver des interlocuteurs capables d’en comprendre la spécificité, le potentiel et l’excellence.

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