
La souveraineté comme « préférence européenne »: à Bruxelles le débat sur compétitivité et la sécurité de l'Union s'étend du secteur technologique au vaste secteur industriel avec l'appel lancé par Stéphane SéjournéVice-président exécutif de la Commission européenne et commissaire chargé de l'industrie, de l'entrepreneuriat, des petites et moyennes entreprises et du marché unique, pour établir un Préférence européenne dans les secteurs stratégiques.
L'appel, co-signé par près de 1 200 dirigeants et entrepreneurs, dont de nombreux Italiens et représentants d'entreprises européennes du cloud (Cubbit, Nextcloud, OVHCloud, Upcloud), aligne ses intentions sur la loi sur l'accélérateur industriel que la Commission entend présenter en février prochain et vise à favoriser les produits, services et instruments de financement européens, en les privilégiant avant tout dans les marchés publicsdans le but de renforcer la résilience de l’industrie européenne et réduire les dépendances stratégiques vis-à-vis des partenaires non-européens, principalement la Chine et les États-Unis.
Préférence européenne : la réponse Made in Europe
Dans l'appel Séjourné soutient que sans une politique industrielle ambitieuse et pragmatique, l’économie européenne risque de devenir un simple marché pour ses concurrents.
« 2026 est l’aube d’un monde que nous n’aurions jamais pensé revoir », a écrit le commissaire européen. « Un monde régi par les relations de pouvoir. Droits de douane, subventions énormes, restrictions à l'exportation, violations de la propriété intellectuelle : La concurrence internationale n'a jamais été aussi déloyale. Et si les règles du commerce sont redéfinies, nous n'avons pas d'autre choix : sans une politique industrielle ambitieuse, efficace et pragmatique, l'économie européenne est vouée à n'être qu'une chaîne de montage pour ses concurrents. »
L'Europe, poursuit Séjourné, risque de mettre à mal ses industries et son savoir-faire phares, de perdre en pertinence et d'être colonisée par des « partenaires » technologiques et commerciaux.
« Nous ne pouvons pas permettre que cela se produise. Pour cette raison, Depuis plus d'un an, la Commission européenne, aux côtés des chefs d'entreprise européens, remet la compétitivité au centre de l'agenda géopolitique européen.. Ensemble, nous faisons tout notre possible pour améliorer l'accès de nos industries à l'énergie, aux matières premières, aux investissements, aux compétences et, bien sûr, à notre marché de 450 millions de consommateurs. Mais cela ne suffit pas : l’année dernière par exemple, l’Union européenne a enregistré un déficit commercial record de 350 milliards d’euros avec la Chine. »
La réponse est « Fabriqué en Europe », réponse au « Made in China » des Chinois et au « Buy American » des États-Unis.
P.Arité des conditions pour l'industrie européenne
« Pour garantir notre sécurité économique, nous devons soutenir et réduire les risques liés à nos principales chaînes de valeur. Nous devons établir, une fois pour toutes, un véritable
Préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques », écrit Séjourné. « Cela repose sur un principe très simple : chaque fois que des fonds publics européens sont utilisés, ils doivent contribuer à la production européenne et à des emplois de qualité ».
La même logique s'applique à investissements directs étrangers, « en prêtant attention à
tester les impacts économiques en amont, d'impliquer nos partenaires internationaux de confiance et de respecter le droit international. Nous veillerons à l'équilibre nécessaire entre le maintien de l'ouverture de l'Europe envers ses partenaires de confiance et la promotion de nos intérêts, assurer des règles du jeu équitables avec nos concurrents, soutenir et protéger notre industrie, notre capital intellectuelnos effectifs et nos valeurs ».
Le cœur de la proposition souligne une réforme des règles en matière de marchés publics et d'incitations, avec des critères qui favorisent les produits et services de l’UE.
Préférence européenne : plus de force ou plus de bureaucratie ?
L'initiative est au centre d'un débat politique houleux : un le fervent partisan est la France (Séjourné lui-même est français et au sein du parti du président Macron), qui considère le Made in Europe comme essentiel pour lutter contre les disparités concurrentielles mondiales.
Selon le président de la Commission Ursula von der LeyenLa préférence européenne peut favoriser l’évolutivité industrielle et la capacité de production interne, tout en exigeant un équilibre avec les obligations internationales.
Des pays comme la Suède, les Pays-Bas et la Finlande sont plus critiques, car ils craignent que l'extension des règles de préférence peut entraîner une augmentation du coût des marchés publics, des obstacles à la concurrence et un affaiblissement de l'attractivité pour les investisseurs étrangers. Selon ces pays, l'UE devrait éviter de créer une nouvelle bureaucratie réglementaire ce qui pourrait mettre à mal les efforts de simplification de la réglementation entrepris récemment.
Un point crucial du débat concerne la définition d'un « secteur stratégique » et donc soumis à la préférence européenne.
Construire la souveraineté industrielle : des marchés leaders
Comme nous le lisons dans une évaluation juridique réalisée par le cabinet Baldon AvocatsLes fabricants européens de technologies stratégiques doivent faire face des défis concurrentiels importants: coûts énergétiques élevés, chaînes de valeur complexes et concurrence étrangère avec une production subventionnée ou de masse (comme dans le cas des produits chinois).
Il est nécessaire de rendre durable la production de technologies clés dans l’UE créer des marchés de référence (« marchés pilotes ») avec des critères qui privilégient les produits ayant une part minimale de valeur ajoutée européenne.
Selon les juristes, la préférence européenne – sous la forme d’exigences de contenu local liées aux marchés publics ou à des incitations – peut aider générer une demande stable et prévisiblerenforcer la sécurité économique et les plans d'investissement de l'UE. Il faut vérifier compatibilité avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui, cependant, à ce moment historique ne semblent pas freiner les concurrents de l’UE face aux pratiques commerciales protectionnistes.
Le cloud, la fibre et la 5G font également partie des atouts stratégiques
Elle s'est également exprimée sur le sujet Téléphonedans un article de blog dans lequel il réitère que l'Europe doit repenser sa politique industrielle renforcer la compétitivité mondiale dans un contexte dominé par les États-Unis et la Chine. Pour une entreprise de télécommunications, il est important de réaliser des investissements ciblés, d'alléger la réglementation et de mettre en œuvre l’Union des marchés des capitaux pour soutenir l’innovation et l’industrie manufacturière européenne à grande échelle.
Telefonica cite également la vision des dirigeants comme Mario Draghi sur la nécessité d'un une approche rapide et coordonnée pour éviter que l'Europe ne perde du terrain dans la course technologique.
LE'industrie numérique, incluant le cloud, l'edge computing, l'IA et l'infrastructure réseau (5G/fibre), fait partie des atouts stratégiques de l’Europe et est essentiel à la construction d’un écosystème technologique souverain dans l’UE.
Souveraineté numérique et avenir des réseaux: défis et opportunités
Les réseaux de télécommunications, notamment la 5G et la future 6G, sont des infrastructures essentielles à la sécurité et à la compétitivité numériques. La dépendance à l’égard de technologies et de fournisseurs tiers (en particulier pour les équipements de réseau, les logiciels de réseau virtualisés et les composants matériels de réseau) est considérée par certains décideurs politiques comme une vulnérabilité stratégique.
Une politique européenne de préférence pourrait inciter les opérateurs de TLC et les entreprises publiques à privilégier les solutions développées dans l’UE ou en alliance avec des partenaires de confiance, renforçant potentiellement les investissements en R&D nationale et créant un « marché de référence » local aux conséquences positives en termes de compétences industrielles.
Dans le même temps, l’imposition de critères européens pourrait augmenter les coûts pour les entreprises qui intègrent des équipements et des composants provenant de fournisseurs internationaux très compétitifs sur les prix. Pour les TLC, qui opèrent dans le cadre de chaînes d’approvisionnement mondiales hautement intégrées, cela pourrait se traduire par un choix complexe. entre augmenter les coûts de mise en œuvre des réseaux pour s’aligner sur les critères de préférence, ou maintenir la compétitivité mondiale en renonçant aux marchés publics favorables ou aux incitations financières.
Ce dilemme se reflète dans de nombreux secteurs industriels européens et soulève la question de comment combiner résilience stratégique et efficacité concurrentielle à l'échelle mondiale.
Préférence et souveraineté européennes, un exemple
Les opportunités d’une offre caractérisée par la souveraineté et la conformité sont en effet déjà saisies par plusieurs entreprises. L'un des exemples les plus récents est celui de Coudeoutil de stockage cloud géodistribué, e Ailanteintégrateur de systèmes informatiques suisse, qui a annoncé un nouveau Partenariat d’alliance commerciale accélérer l'adoption par les entreprises suisses de des services de stockage cloud totalement souverains, sécurisés et compétitifs.
Avec cet accord, Ailanto intègre la technologie Cubbit DS3 Composer sur les centres de données de ses partenaires suisses pour créer et proposer son propre service de stockage cloud S3, entièrement hébergé et géré en Suisse de manière confédérée.
Ailanto soutient les entreprises clientes dans divers secteurs de la banque et de l'administration publique aux soins de santé et aux services publics. Dans un marché du cloud dominé par les hyperscalers et les solutions étrangères, l'entreprise recherchait une solution qui lui permettrait de maintenir standards de service élevés, maîtrise totale des données et compétitivité sur un marché suisse de plus en plus sensible à la valeur stratégique de la souveraineté numérique.
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