
De la compagnie de télécommunications à la TechCo c'est le fil conducteur d'un secteur qui traverse une phase cruciale. Les opérateurs doivent soutenir des investissements croissants alors que la demande évolue lentement, que la concurrence reste forte et que l’IA accélère les besoins en infrastructures. C’est le point central du rapport »Parmi les réseaux de compétitivité. Simplifications, durabilité et innovation pour la croissance du système national »créé par l'Institut pour la Compétitivité (I-Com) et Join Group Business Advisory dans le cadre de Futur#Lab, un projet réalisé en partenariat avec Ericsson, FiberCop, INWIT, Open Fiber, Unidata et WindTre. Le scénario décrit montre un marché dans lequel la connectivité ne suffit plus la croissance dépend de la capacité à intégrer des services numériques avancés, de nouveaux modèles énergétiques et des règles plus stables. La transition ne concerne pas seulement les technologies et les équipements : elle redéfinit le rôle même des entreprises, appelées à devenir des plateformes capables de connecter le réseau, les données et l'énergie dans un système de plus en plus complexe.
Les analyses du rapport révèlent une situation complexe. La demande ne croît pas au rythme attendu, ce qui ralentit le retour sur investissement. Parallèlement, les infrastructures numériques consomment davantage d’énergie et nécessitent une reconfiguration des relations avec le système électrique. En parallèle, le nouveau Loi sur les réseaux numériques prépare un changement de paradigme réglementaire visant à simplifier les procédures et à surmonter les fragmentations historiques. Tout converge vers un changement de modèle dont l’issue dépend de la capacité des opérateurs à pérenniser la transition.
Consommation numérique, perceptions et lenteurs de mise à niveau
L'enquête Je-Com, signalé dans Futur#Labmontre un pays dans lequel la centralité du réseau augmente, mais la volonté d’investir dans de meilleures connexions reste étonnamment faible. Plus des deux tiers des utilisateurs n’envisagent pas d’augmenter leurs dépenses pour des services plus performants, malgré la généralisation de la fibre et de la 5G. Une partie importante de la population continue de compter uniquement sur le mobile et le considère comme suffisant pour ses besoins quotidiens. De nombreux utilisateurs de lignes fixes évitent de passer à la fibre parce qu'ils considèrent que leur connexion existante est toujours adéquate ou parce que la couverture n'est pas disponible.
Dans les réseaux mobiles, l'évolution apparaît plus dynamique mais non sans ralentissements. L’offre 5G se développe et se répand, mais une partie importante des utilisateurs de la 4G n’envisage pas de franchir le pas. La perception de l’utilité n’affecte pas seulement le prix : 39 % ne ressentent pas le besoin de changer de technologie. Les craintes sanitaires, bien que nettement en recul, continuent d’influencer une partie de l’opinion publique. Le manque de conscience du potentiel de la 5G – des services avancés au développement d’applications industrielles – met en évidence la nécessité de politiques d’information plus incisives.
La photographie de la question met en lumière un écart culturel qui risque de ralentir la transformation. La connectivité est perçue comme un service de base et non comme une plate-forme permettant des applications numériques plus complexes. Le rapport signale une forte demande d'alphabétisation : de nombreux citoyens réclament des campagnes d'information nationales et des cours publics pour améliorer les compétences numériques. Une plus grande sensibilisation permettrait de comprendre la valeur des infrastructures et de soutenir la croissance du marché, actuellement freinée par cette incertitude.
Datacenters, énergie et nouvel équilibre entre réseau et système électrique
La transformation en cours se mesure également à l’interdépendance croissante entre le réseau numérique et le réseau électrique. Le Futur#Lab souligne comment le trafic de données, alimenté par l’IA et le cloud, pousse les besoins énergétiques vers des niveaux sans précédent. Les datacenters mondiaux pourraient doubler leur consommation d’ici 2030, pour atteindre 945 TWh. En Italie, la concentration des infrastructures dans la région de Milan crée une pression sur le réseau local et nécessite des interventions importantes : Terna estime que plus de 1,8 milliard d'euros seront nécessaires pour renforcer la résilience du système.
Dans le même temps, les opérateurs améliorent leur efficacité. Entre 2019 et 2023, le trafic de données a augmenté de 20 % par an, tandis que la consommation a augmenté de 2,8 %. Ce découplage représente un premier pas vers des modèles plus durables, mais ce n’est pas suffisant. Les progrès de l’IA et la construction de nouveaux centres de données rendent nécessaires des stratégies énergétiques plus avancées, qui vont au-delà de la simple optimisation des équipements.
Le rapport met en évidence un changement d’approche. Les opérateurs investissent de plus en plus dans des installations renouvelables et des systèmes de stockage. Ingénieux vise plus de 60 MWc de photovoltaïque d'ici 2030, tandis que le pôle stratégique national, auquel participent Timalimente les centres de données de l’administration publique avec de l’énergie renouvelable. Les nouvelles technologies de stockage, dont les batteries de seconde vie, permettent d'absorber les pointes, de stabiliser le réseau et de participer aux marchés de flexibilité. Les sociétés de télécommunications deviennent ainsi une partie active du système électrique, et non plus seulement des consommateurs d'énergie.
Cette convergence ouvre la voie à de nouveaux modèles économiques. Les offres combinant services énergétiques et connectivité exploitent la clientèle et introduisent des logiques de maison intelligente et de surveillance. Les plateformes cloud accompagnent les entreprises et les administrations dans la gestion des systèmes et l'optimisation des consommations. Par ailleurs, certains opérateurs commencent à investir directement dans les centrales renouvelables, s'imposant ainsi comme de véritables protagonistes du marché de l'énergie distribuée. Les infrastructures numériques deviennent ainsi un élément central de la transition écologique.
Règles européennes, spectre et gouvernance dans le cadre de la loi sur les réseaux numériques
Le cadre dans lequel s’effectue la transformation doit être redéfini. Le Loi sur les réseaux numériquesprésentée par la Commission européenne, représente la tentative la plus ambitieuse de ces dernières années pour surmonter la fragmentation réglementaire qui entrave les investissements. Le texte propose des règles harmonisées, une gestion du spectre plus coordonnée et des procédures simplifiées pour le développement des infrastructures. Le Futur#Lab reconstitue une comparaison étroite entre États, opérateurs et autorités, qui a conduit à une version plus équilibrée par rapport aux premières hypothèses.
La proposition vise à remplacer le cadre actuel, qui comprend le Code des communications électroniques européen et d'autres législations spécifiques au secteur. Le Berec soutient ces objectifs mais appelle à éviter une déréglementation qui réduirait la protection des consommateurs. L'autorité européenne reconnaît l'utilité d'harmoniser le spectre, mais insiste sur la nécessité de préserver les spécificités nationales. L'une des questions les plus délicates concerne la durée des droits d'usage, qui doivent offrir une stabilité sans entraver la contestabilité du marché.
Le thème de élimination du cuivre reste centrale. Les premières hypothèses fixaient des délais serrés, jugés excessifs par de nombreux Etats membres. La version actualisée propose un horizon plus large, avec une clôture jusqu'en 2035, afin de coordonner transition technologique et protection des utilisateurs. La migration vers la fibre, au-delà des retombées industrielles, contribue à l’efficacité énergétique, élément de plus en plus déterminant dans la transformation en cours.
Le rapport souligne également l’approche plus douce des relations entre les opérateurs télécoms et les grandes plateformes numériques. La discussion sur la contribution aux investissements des réseaux est orientée vers les outils volontaires et les mécanismes de conciliation. La Commission conserve cependant un rôle plus incisif pour bloquer les mesures nationales incompatibles avec le cadre européen, marquant un changement de rythme dans la gouvernance du secteur.
Le rôle des infrastructures partagées et le nouveau modèle industriel
Évolution de la société de télécommunications à TechCo nécessite des infrastructures capables de prendre en charge des services de plus en plus complexes. Le Futur#Lab souligne l'importance des réseaux partagés, des tours aux petites cellules, jusqu'aux systèmes DAS. La séparation entre infrastructure et service a permis d’éviter les duplications et d’optimiser les investissements. Cependant, l’arrivée des applications basées sur l’IA, du cloud computing et de la réalité augmentée nécessite des équipements plus flexibles et une capacité d’intégration plus élevée.
Le nouveau cadre européen, avec les outils fournis par l'ADN, peut favoriser une saison de modernisation. Une plus grande stabilité des droits d'utilisation des fréquences et une coordination sur les réseaux satellitaires créent des conditions plus prévisibles pour les investisseurs. Dans le même temps, l’expansion de la gouvernance européenne nécessite des choix cohérents et une évaluation minutieuse des répercussions sur le marché. Le rapport Draghi, évoqué dans le Futur#Lab, appelle à un équilibre entre ambition et réalisme, pour éviter un excès de structures institutionnelles qui pourraient ralentir plutôt qu'accélérer les investissements.
Dans ce contexte, les opérateurs doivent repenser leur périmètre. Il ne suffit plus de fournir une connectivité à faible marge. La croissance vient de la capacité à créer des écosystèmes de partenariat incluant des fournisseurs de cloud, des services publics d’énergie, des entreprises industrielles et des administrations publiques. Les infrastructures deviennent des actifs sur lesquels créer de nouveaux services, tandis que les données deviennent le levier qui permet de générer de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne de production.
De la compagnie de télécommunications à la TechCo il ne s'agit donc pas d'un slogan mais d'une trajectoire industrielle qui nécessite une vision, des investissements et une capacité d'intégration. Le Futur#Lab montre un secteur conscient de l'enjeu, mais aussi des risques d'un chemin qui ne peut être tenu pour acquis.
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