
Le développement massif des services et technologies émergents – tels que l’IA, le streaming, le cloud gaming, la blockchain, le smart working, les smart cities ou encore la réalité virtuelle – nous amène à considérer les data centers, ou centres de traitement de données (Ced), comme des infrastructures indispensables à la société actuelle. Aussi incontournables qu’énergivores, sachant qu’ils consomment environ 2 % de l’électricité mondiale (et qu’ils devraient atteindre 12 % d’ici 2040) et plus d’un milliard de litres d’eau par jour.
Jll souligne que dans les cinq prochaines années, les consommateurs et les entreprises généreront deux fois plus de données par rapport aux dix dernières années et selon le Politecnico di Milano, le marché des data centers doublera en 2025 avec la création de 83 nouvelles installations. Le caractère essentiel des data centers est également rappelé par le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité de l'Europe, lorsqu'il précise que ce n'est qu'en exploitant les opportunités offertes par les nouvelles technologies numériques et l'IA et en investissant dans les compétences et l'innovation que l'Europe pourra accélérer la croissance de sa productivité et empêcher l'élargissement de l'écart avec les États-Unis.
L’absence de législation nationale spécifique en matière d’environnement et d’urbanisme a cependant généré de nombreuses incertitudes parmi les opérateurs du secteur quant à la localisation et à la construction des centres de données, laissant ainsi de larges marges de discrétion (et peut-être excessives) aux administrations municipales.
Centre de données écologique : les lignes directrices 2024
Compte tenu de l'impact environnemental des centres de données, avec la délibération du Conseil régional du 24 juin 2024, n° XII/2629, la Région Lombardie a adopté les premières Lignes directrices pour la construction de centres de données, suivies par le législateur national avec le Décret de la Direction générale des évaluations environnementales du Ministère de l'environnement et de la sécurité énergétique (Mase) du 2 août 2024, n° 257, « Lignes directrices pour les procédures d'évaluation environnementale des centres de données » qui visent à définir les exigences environnementales et les critères de conception et de planification, visant à surveiller et à atténuer les effets (potentiellement nocifs) de la construction de centres de données (« Lignes directrices 2024 »).
Autorisations environnementales
Conformément au décret législatif n° 152/2006 (Code de l'environnement consolidé), les lignes directrices 2024 prévoient qu'avec une puissance thermique nominale des générateurs de secours supérieure à 50 MW, une autorisation environnementale intégrée (« Aia ») est requise, ainsi qu'une vérification préliminaire de soumission à l'évaluation de l'impact environnemental (« EIE »). Toutefois, si la puissance globale dépasse 150 MW, le projet doit être soumis à une procédure d'EIE.
Pour toutes les demandes relatives à des structures de moyenne et grande taille, il est nécessaire de vérifier, sur la base de ce qui est prévu par la planification municipale, si l’intervention nécessite la procédure d’évaluation environnementale stratégique (« Vas »). Les CED de moyenne et grande taille doivent être évalués lors d’une conférence de service, au cours de laquelle la Province ou la Ville métropolitaine territorialement compétente exprime un avis sur la compatibilité de l’intervention sur la base des nouvelles Lignes directrices 2024.
Outre ces dispositions d’autorisation, les Lignes directrices de 2024 (conservant leur nature de droit dit « soft law ») prévoient d’autres obligations spécifiques :
- Évaluation de l'impact cumulatif avec d'autres centres de données
- Étude d'impact environnemental (EIE) et étude environnementale préliminaire (EEP)
- Analyse du cycle de vie et plan de surveillance environnementale (PGE) du centre de données
- Plan de gestion des déchets et plan préliminaire d'utilisation sur place pour TRS
- Plan de gestion des ressources en eau
Mesures compensatoires
Afin de protéger les matrices environnementales, les Lignes directrices 2024 précisent que l’évaluation de l’impact environnemental du centre de données doit être étendue à tous les impacts potentiels sur le territoire, le sol, l’eau, l’air et le climat, la santé humaine, la biodiversité, le patrimoine culturel et le paysage.
Particulièrement innovantes sont les lignes directrices sur la gestion de la fin de vie des serveurs et des déchets électroniques, pour lesquelles les Lignes directrices 2024 ont expressément prévu l'obligation de présenter alternativement un Sia ou un Spa, en plus d'un Pma – élaboré en accord avec l'Arpa compétente, qui prennent en compte les déchets produits au cours du cycle de vie de l'infrastructure et les effets connexes sur les matrices environnementales.
En attendant de voir comment ces indications procédurales spécifiques trouveront une application concrète, dans la réalisation d'un data center Green, notamment dans la phase de conception, il faudra certainement prendre en considération les critères d'autoproduction et d'efficacité énergétique, qui développent des profils également du côté de l'urbanisme qu'il faudra explorer en profondeur.
Lignes directrices d'urbanisme relatives aux exigences en matière d'emplacement et de construction
Pour le développement de cette classe d’actifs, la démarche environnementale pour la construction d’un Green Data Center est certes centrale, mais une analyse de faisabilité minutieuse d’un point de vue urbanistique est préliminaire et indispensable et doit être menée également en tenant compte des orientations données par les autorités locales dans le cadre de l’outil d’urbanisme.
Dans la procédure de planification et d'approbation d'un centre de données, les Lignes directrices ont cependant laissé une large marge d'appréciation aux administrations municipales, avec pour tâche d'évaluer :
- l'infrastructure de la zone où le centre de données doit être construit, avec une attention particulière aux moyennes et grandes tailles (avec un système thermique supérieur à 50 MW)
- la préférence pour les zones inactives ou abandonnées
- risques environnementaux
- la qualité du paysage
- l'impact sur les réseaux écologiques
- proximité d'infrastructures telles que routes, transports publics, réseaux d'approvisionnement en eau, lignes électriques, réseaux d'égouts et lignes de services publics
- la présence d'autres Data Centers ou, en tout cas, d'activités qui pourraient bénéficier de la colocalisation pour la préservation des emplois et le développement économique
Compte tenu de l'orientation que doit avoir l'administration municipale, l'objectif du promoteur sera la conception d'un centre de données de plus en plus vert, non seulement moderne et efficace, mais en même temps compatible avec le contexte urbain et conforme aux critères et paramètres Esg (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance). En ce sens, les orientations des Lignes directrices 2024 sont celles de :
- prendre en compte les conditions climatiques et les conditions géosismiques des lieux pour l'implantation du datacenter
- prévoir la réutilisation de la chaleur produite, notamment la réutilisation de l'eau utilisée pour le refroidissement du système
- exploiter les systèmes d'énergie renouvelable pour alimenter les centres de données, en particulier une couverture photovoltaïque maximale du système est prescrite
- privilégier les solutions souterraines pour les travaux de raccordement au réseau électrique, éviter les surfaces miroitantes pour la protection des oiseaux et privilégier l'entretien des espaces verts sur les terrains non concernés par le CED
- maximiser la séquestration du carbone, atténuer la pollution atmosphérique et sonore et accroître la biodiversité
Les directives 2024 confirment la compatibilité des centres de données avec les usages de production et de gestion, avec pour conséquence logique que les infrastructures dans les zones et les bâtiments ayant de telles fonctions sont facilement localisables. Cependant, l'importance que prennent les centres de données pour le développement socio-économique de notre pays pourrait les amener à être inclus dans la liste des services privés d'intérêt public ou général, avec tous les avantages qui en découlent en termes de volume autorisé, de concessions sur le paiement des frais de construction, etc.
Alors que, d'une part, la destination de production semble être la plus compatible avec les centres de données, d'autre part, il ne semble pas avoir été envisagé que le développement de cette classe d'actifs puisse bénéficier de plus grandes récompenses, notamment par rapport aux standards à vendre et à construire (comme les parkings), compte tenu de la particularité de l'infrastructure et de l'activité exercée qui, en effet, n'implique généralement pas un nombre d'employés et/ou d'ouvriers suffisant pour justifier un investissement important dans les parkings.
Les administrations municipales ne pourront pas éviter de clarifier la qualification des bâtiments des technologies qui connaissent la plus forte croissance dans le secteur de l’énergie durable, comme le BESS (Battery Energy Storage System), dont le marché global, selon McKinsey, atteindra plus du double de sa taille actuelle d’ici 2030. Les BESS sont désormais indispensables pour répondre aux besoins toujours croissants de production d’énergie verte. D’où la nécessité pour l’exploitant de comprendre, dès la phase de conception, si ces ouvrages peuvent effectivement être définis comme des constructions qui développent leur propre volume autonome.
La question du Ced
L’indispensabilité des centres de données ne peut occulter la protection environnementale et urbaine du territoire, d’où la nécessité d’un développement durable de telles infrastructures.
Pour cette raison, les opérateurs investissent dans les aspects énergétiques et, en particulier, dans l’efficacité des systèmes de refroidissement, ainsi que dans les solutions les plus innovantes pour l’exploitation de l’énergie provenant de sources renouvelables, en concevant des structures de plus en plus vertes, pour alimenter le monde numérique.
Cependant, il existe encore peu de sensibilité et d’attention à l’égard de l’ensemble du cycle de vie des CED, qui comprend les phases pré et post-opérationnelles, telles que l’extraction des matériaux, la production et le transport des composants et la gestion de la fin de vie, qui génèrent un impact énorme non seulement sur le climat, mais aussi sur les écosystèmes, la santé humaine et les ressources naturelles. Le défi auquel sont confrontées les entreprises numériques aujourd’hui est précisément d’aborder ces aspects, à travers des méthodologies qui leur permettent d’évaluer l’ensemble du cycle de vie de leurs activités et d’identifier ainsi les stratégies les plus efficaces pour minimiser les impacts et, par conséquent, une plus grande durabilité environnementale qui peut être garantie avec un centre de données vert.
Règlement technique ad hoc
Bien que les Lignes directrices aient apporté des certitudes procédurales plus grandes que par le passé, du point de vue de l'urbanisme, on ne peut qu'attendre leur application concrète, également afin de comprendre si les effets (potentiellement nocifs) et la gestion des centres de données peuvent rencontrer de moins en moins de discrétion de la part des administrations municipales qui, dans ce cas, on espère, pourront reconnaître leur particularité en prévoyant des réglementations techniques de plus en plus ad hoc.